• Parcours Racim Benghanem « Faire du développement afro-africain une priorité »

Parcours Racim Benghanem « Faire du développement afro-africain une priorité »

Racim Benghanem, la trentaine, est à l’image de la nouvelle Algérie qui se dessine. Entrepreneur, panafricain, hyperactif, il croit en l’avenir de son pays et participe à sa re-construction. Portrait.

 La silhouette fine, des lunettes à peine visible, un calme à toute épreuve… Racim Benghanem évolue entre Paris, Alger, Tunis, Nouakchott aux côtés d’ Idriss Rebrab, le PDG de Cevital ;  Abderrahmane Benhamadi, PDG de Condor ; Laid Benamor, PDG du groupe du même nom ; et autres champions made in Algeria. Des compatriotes qu’il accompagne dans leur aventure à l’internationale… et qu’il bouscule. En septembre dernier, il était à la tête d’une délégation de vingt opérateurs privés algériens qui participait aux Rencontres Africa à Paris. A son initiative. «  L’idée est de pouvoir exporter les produits algériens qui sont à fort taux d’intégration mais également d’essayer de trouver des partenaires français ou européens. » Des échanges concluant apparemment. « Les différentes rencontres ont été très fructueuses. Il y a un intérêt fort pour la partie production algérienne mais également pour des transferts de technologie. » Optimiste, Racim l’est en permanence. Convaincu du potentiel de son pays.

Celui qui chuchote à l’oreille des plus grands en Algérie…

Trentenaire, Racim, après avoir grandi entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, diplômé en Commerce International et Marketing, a intégré le World Trade Center Algiers pour un stage de fin d’étude, avant de lancer le Club Export. « C’est une initiative portée par le World Trate Center Algiers, qui pour rappel, crée en 2002, joue le rôle de guichet unique et a vocation à accompagner les sociétés étrangères en Algérie mais aussi de nombreux  investisseurs locaux, souligne-t-il avant de poursuivre. Au bout de dix ans, j’ai lancé mon agence de conseil en image de marque pour les compagnies algériennes, qui les accompagne également sur leur développement à l’international. » Le phrasé clair, limpide, Racim est celui qui chuchote à l’oreille des plus grands en Algérie. Du moins au sein du secteur privé, son champ d’action. Là où les choses se passent selon lui, là où se construit, ou se-reconstruit, l’avenir de l’Algérie. Un futur sans rente pétrolière selon le dessin de Racim. «  L’idée est d’encourager les opérateurs économiques à aller vers l’exportation. On n’arrive pas à franchir la barre symbolique des 2 milliards de dollars, hors hydrocarbure, la plus part sont des dérivés du secteur.  Ce qui est peu, compte tenu du potentiel algérien. » Dans l’agro-business, le secteur pharmaceutique, les services… Les niches commencent à être exploiter observe néanmoins le jeune homme. « Quand on sait que, d’ici peu, le groupe Cevital va exporter pour 3 Milliard de $ de produits agro-industriel, du verre plat, de l’électroménager, on se dit qu’il y a beaucoup à faire. Et certains commencent à suivre, Condor, Bomare Company dans l’électronique qui a récemment décroché un contrat de 50 millions d’euro avec l’Espagne et qui est également un peu présent en Afrique ; Iris ; Beko ; Enie, une compagnie publique ; Thomson aussi commence à produire en Algérie ; Hitachi avec un produit destiné à l’exportation vers l’Afrique. Ceci démontre le potentiel algérien dans différents secteurs. »

« J’appartiens à cette nouvelle génération d’Algériens qui porte cette ambition de développer l’Algérie, de voir éclore une Algérie moderne et ouverte sur le monde. »

A son image, une génération de nouveaux entrepreneurs émergent, et changent la donne. « J’appartiens à cette nouvelle génération d’Algériens qui porte cette ambition de développer l’Algérie, de voir éclore une Algérie moderne et ouverte sur le monde. Dans ce sens, nous travaillons à fédérer les forces au niveau local, ou via notre diaspora à l’étranger, pour permettre cet essor. Nous avons de jeunes start-up qui sont aux starting blocks pour aller conquérir de nouveaux horizons. » Et dans le viseur de Racim, plus que jamais, l’Afrique. « Convaincu de la position géostratégique de l’Algérie, nous essayons de connecter notre pays avec son continent, l’Afrique, dont son potentiel de développement afro-africain est plus que pertinent. Au niveau de l’Afrique du Nord, des choses se réalisent. Dans les régions d’Afrique de l’Ouest ou centrale, des pays collaborent entre eux. L’idée est de faire en sorte que tout ce réseau puisse être efficace, efficient, et faire du développement afro-africain une priorité. Nous voyons aujourd’hui des Africains qui, après avoir étudié à l’étranger, investissent dans leur propre pays et c’est cela qui devrait être une priorité pour nous. » 

« Les mentalités ont commencé à changer ! »

Or selon lui, le contexte actuel est des plus favorables. La chute des cours des matières premières n’a pas été sans impact sur les caisses nationales. Une crise qui participe à une prise de conscience : l’urgence de penser diversification et d’amorcer l’ère de l’après-pétrole. « Nous traversons une période très importante avec une réelle prise de conscience autour des impératifs de la diversifications de notre économie. On ressent cette volonté politique de faire bouger les choses. L’Algérie, qui vit dans une certaine aisance financière, avec une rente pétrolière maintenue malgré la chute des prix du baril, a fini par comprendre que la ressource pétrolière est limitée dans le temps : il faut accélérer la diversification de l’économie. En pariant sur les ENR notamment, où le potentiel est énorme, l’optimisation des déchets. » Et d’ajouter : « L’Algérie reste un grand pays, la deuxième économie africaine, mais également un pays à fort potentiel de développement et de croissance à l’avenir. La donne commence à changer, il y a plus de contraintes à l’importation, et des lois obligent les importateurs à lancer des unités de production, comme pour l’industrie automobile et l’industrie pharmaceutique. Tout cela pour encourager la production nationale. L’agro-industrie se développe. On produit et on transforme. De grands groupes ont vu le jour, le leader reste Cevital, mais on a aussi Benamor, Mitidji, Moula, Sim et bien d’autres. On voit aussi apparaître des clusters, par exemple pour les dattes à Biskra… Les mentalités ont commencé à changer ! »

L’urgence, la création d’emploi et la productivité locale

Avec une population très jeune et des niveaux d’instruction assez satisfaisant, la jeunesse Algérienne est à même de relever ce défi. L’Algérie change, beaucoup plus qu’on le croit. Elle change même de modèle. Une nécessité mais un risque également ? « Des dispositifs existent pour la promotion et le soutien à l’emploi des jeunes, à travers notamment, l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes, qui a contribué à la créations de milliers d’entreprises, dont certaines sont devenu des PME et qui ont réussi à exporter, avec plus d’un million d’emploi crée depuis sa création.  Mais il reste beaucoup à faire en matière de formation managériale et entrepreneuriale.  L’objectif c’est la création d’emploi et la productivité locale, permettant ainsi de réduire les factures d’important et par conséquent les niveaux de subvention. »

« L’alternative est un chemin commun. »

Mais si aujourd’hui l’alternative semble portée par le privé, le public doit jouer son rôle. « Le public et le privé mènent ensemble le défi du développement. Des efforts considérables sont consentis par les deux parties. Beaucoup de projets privés ont vus le jour à travers tout le territoire algérien. Mais il est à noter que le public aussi est concerné, à travers les investissements des entreprises publiques et les partenariats public-privé. C’est dire que l’alternative est un chemin commun. » Un effort collectif auquel Racim participe plus qu’activement. Après Paris, il conduisait une délégation d’entrepreneurs algériens à Nouakchott… 

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