• Education : Émancipons-nous de l’esclavage mental !

Education : Émancipons-nous de l’esclavage mental !

Les pays africains ont été confrontés à des problèmes de gestion et à des changements sociétaux associés à une croissance économique rapide. Les écoles de commerce africaines doivent assumer la responsabilité de former des talents adéquats qui aideront à développer davantage les entreprises ; chose qui permettra de combler les lacunes en matière de création d’emplois…

Par DR Ali El Quammah, président de l’Association Africaine des Business Schools (AABS)*

En juin 1994, Nelson Mandela a décrit le paysage prometteur de la nouvelle Afrique de la manière suivante : « Nous devons faire face à la question carrément : là où il y a quelque chose qui ne va pas dans la façon dont nous nous gouvernons, la faute ne vient pas de l’autre mais de nous-mêmes ; c’est que nous sommes mal gouvernés. »

Le rôle d’une école de commerce en Afrique est comme le rôle de toute école de commerce ailleurs et consiste à former les futurs dirigeants à être à la fois socialement responsables et capables de répondre pro-activement aux problèmes qu’ils rencontreraient éventuellement. Les pays africains ont été confrontés à des problèmes de gestion et à des changements sociétaux associés à une croissance économique rapide. Les écoles de commerce africaines doivent assumer la responsabilité de former des talents adéquats qui aideront à développer davantage les entreprises ; chose qui permettra de combler les lacunes en matière de création d’emplois.

Pour le moment, les diplômés, qui sortent des pays africains, ont des lacunes sur un certain nombre de points. Les jeunes diplômés et cadres africains ne peuvent pas mener à bon port un projet de changement. Ils manquent de compétences non techniques ce qui est communément appelé les « Soft Skills » et sur le plan opérationnel, ils ne communiquent pas bien; en plus du fait qu’il existe une culture de faible intégrité concernant les relations avec les subordonnés.

« Serait-il logique d’enseigner aux étudiants nigérians comment gérer les grosses multinationales américaine à travers des études de cas issues du centre de recherche Harvard BS? »

Il existe un consensus général parmi les doyens africains et d’autres acteurs de l’enseignement supérieur en gestion, à savoir qu’imiter un modèle occidental de ce que devrait être une école de commerce serait une erreur flagrante. L’éducation des différentes disciplines de management n’est pas une science dure; elle est plus sensible au pays, à la culture et au contexte dans lesquels les compétences acquises seront appliquées. En d’autres termes, les écoles de commerce africaines ont le devoir de mettre le texte (le contenu des cours enseignés et la recherche produite) dans le contexte (impact et pertinence sur / pour l’environnement local). Ce n’est en aucun cas une vision exclusive. L’idée est de tirer le meilleur de tous les modèles existants dans le monde et de laisser de côté le contenu qui ne semble pas servir (ou sert peu) à résoudre les problématiques propres au contexte africain. Selon un rapport produit par l’initiative Africaine en Management (IAM), 99,6% des entreprises dans un pays comme le Nigeria emploient moins de 10 personnes. Serait-il logique d’enseigner aux étudiants nigérians comment gérer les grosses multinationales américaines à travers des études de cas issues du centre de recherche Harvard BS?

En résumé, si les écoles de commerce font de grands progrès en Afrique, elles ne peuvent pas offrir uniquement les mêmes programmes que leurs homologues américaines ou européennes dont les études de cas et les méthodes d’enseignement répondent généralement aux besoins des grandes entreprises locales et multinationales. Ils doivent développer et utiliser des études de cas africains, des théories novatrices et contextuelles sur la gestion des affaires et le leadership.  Et pour ce faire, l’Association Africaine des Business Schools (AABS), que nous chapeautons pour les trois prochaines années, a un grand rôle à jouer là-dessus. 

« La croissance des économies africaines exige une approche africaine plus forte de l’éducation en gestion des affaires et en Management en prenant en considérationla diversité des 54 pays d’Afrique. »

Nous nous sommes fixés un objectif : celui de faire d’AABS une plate-forme renouvelable efficace prête à collaborer avec tous les associés et partenaires, les acteurs internationaux de la formation en Management et gestion des affaires, notamment AACSB, GMAC, GBSN, EFMD, PRME, etc.  AABS cherchera également à créer des synergies avec le monde de l’entreprise et les industries opérant en Afrique. L’idée est de favoriser l’utilisation de l’intelligence collective et la sagesse du plus grand nombre d’acteurs opérants dans l’écosystème de l’enseignement supérieur en management. Cela dit, notre stratégie comprend un plan visant à constituer des équipes de travail choisies parmi nos écoles et partenaires membres pour évaluer la situation existante dans chacune des cinq régions d’Afrique, à savoir l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et l’Afrique Centrale et proposer des solutions appropriées pour relever les différents défis auxquels les écoles de commerce africaines sont confrontées. Nous pensons à un groupe de travail sur l’utilisation de la technologie à la fois dans l’enseignement et dans la gouvernance des écoles de commerce, un groupe de travail sur l’entrepreneuriat et la création et l’incubation de startups, un groupe de travail pour évaluer le développement durables des différentes écoles et leur degré d’internationalisation, un autre groupe pour déterminer le statut de la recherche dans les cinq régions, un autre qui mènera une étude sur les différents types de leadership en Afrique, et un dernier groupe qui examinera en profondeur les spécificités de chaque pays africain sachant que chaque pays doit être clairement compris en termes de contexte et de culture. Nous sommes très conscients que la croissance des économies africaines exige une approche africaine plus forte de l’éducation en gestion des affaires et en management en prenant en considération la diversité des 54 pays d’Afrique.

Je conclus cet article par un refrain de la chanson « Rédemption » de Bob Marley « Émancipons-nous de l’esclavage mental; nous sommes les seuls à pouvoir libérer nos esprits. »


 * Créée en 2007 dans le but de fédérer un réseau panafricain d’écoles de commerce, l’AABS compte une cinquantaine d’établissements membres. Basée en Afrique du Sud, elle a ouvert un bureau de représentation à Dakar.
Enseignant-chercheur et directeur des Relations internationales de HEM, Ali El Quammah a été élu président de l’ AABS en septembre 2017. 
https://www.aabschools.com/

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