• Monica Jiman   « L’entrepreneuriat féminin, une réalité quotidienne »
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Monica Jiman « L’entrepreneuriat féminin, une réalité quotidienne »

Monica Jiman, directrice générale de Pentalog Software Factory est présidente du premier Réseau des femmes entrepreneures francophones (Refef).

Propos recueillis par Bilkiss Mentari, à Paris 

Comment avez-vous intégré Pentalog puis évolué au sein de l’entreprise ?

Dès la fin de mes études universitaires, j’ai eu une première expérience entrepreneuriale. À l’époque, je combinais mon business avec une activité académique au sein de l’université Transilvania Brasov. En 2003, j’ai rejoint Pentalog dans le cadre d’un stage de fin d’études afin de valider un DESS en marketing et production. Très rapidement, j’ai décidé de rester dans cette équipe dynamique et ambitieuse pour poursuivre le développement de ma carrière. Ce fut un choix payant puisque, dès 2004, j’ai pris la direction de l’agence de production de Pentalog à Bucarest avec la mission de développer le marché national. Puis, en 2005, je suis entrée dans l’actionnariat du groupe Pentalog. La société a continué à croître si bien qu’en 2009, je me suis installée à Hanoï pour superviser la création et le lancement de la première structure de production de Pentalog en Asie. Ce fut pour moi une expérience internationale très enrichissante d’avoir coordonné pendant deux ans les activités de production de l’Europe de l’Est.  Après la réussite du lancement de nos activités asiatiques, je suis devenue directrice adjointe du groupe, avec des objectifs majeurs autour de la gestion de la production, le développement et la coordination des partenariats stratégiques. A présent, j’ai franchi une étape supplémentaire puisque je suis membre du conseil d’administration de Pentalog France et administratrice de Pentalog Romania. Par ailleurs, je suis également présidente directrice générale du Pentalog Software Factory depuis 2015. Ce dernier regroupe dans la plateforme Pentalog la production de solutions informatiques, le consulting IT et les solutions cloud, en Roumanie, en République de Moldavie, au Vietnam, en Uruguay et au Mexique. Quand je regarde en arrière, je suis à la fois fière et heureuse du chemin parcouru. Ce n’était pas gagné d’avance mais nous sommes parvenus à faire de Pentalog une plateforme qui permet aux start-up, aux PME (petites et moyennes entreprises) et aux multinationales de répondre aux défis du recrutement de consultants en technologies de l’information, en développement de logiciels, en marketing digital et en financement. A ce jour, nous avons un millier de collaborateurs, répartis sur trois continents. Ils accompagnement nos clients dans la définition et la mise en œuvre de leurs stratégies de croissance.

L’entrepreneuriat est donc arrivé très tôt dans votre parcours ?

Depuis le début de ma carrière professionnelle, j’ai toujours eu la conviction que l’entrepreneuriat reflétait avant tout un état d’esprit, un comportement, une vraie opportunité d’apprendre vite et une indépendance dans l’action. Dans notre société actuelle, il apparaît très clairement qu’une personne, qu’elle soit salariée ou à son compte, doit apporter une grande valeur ajoutée dans toutes ses actions. Il faut faire preuve de créativité et d’inventivité dans tout ce que nous faisons. Tout au long de mon parcours, je n’ai eu de cesse d’adopter et de cultiver un esprit d’entreprise qui a été déterminant pour la réussite de mes objectifs. L’entrepreneuriat relève d’une seconde nature pour moi.

Le monde de l’informatique est réputé masculin. Être une femme, dans ce milieu, est-ce un handicap ou un atout ? 

Le secteur de l’informatique est effectivement considéré comme un milieu à prédominance masculine. Toutefois, je dois dire que le cas de la Roumanie reste assez particulier. En effet, bien que nous n’ayons pas encore atteint la parité dans le secteur, les femmes représentent tout de même plus de 30% des ingénieurs en informatique, alors que la moyenne européenne n’est qu’à 16%. Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans une recherche de performance et les entreprises ont largement compris qu’une femme peut être aussi performante qu’un homme. Dans notre société par exemple, nous avons 40% de femmes dans la partie production de logiciels. Nous nous assurons, à travers notre politique salariale, qu’il n’y ait pas d’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.

Pour conclure, dans ce secteur, être une femme n’est ni un atout ni un handicap, c’est simplement un état de fait. Plutôt que de se concentrer sur les conséquences, je préfère m’attaquer aux causes. A mon sens, il s’agit d’encourager un positionnement par les compétences et faciliter l’orientation vers les études des secteurs de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) pour les femmes. Ce sont des domaines à forte croissance et les femmes doivent également en profiter. 

Selon vous, peut-on parler d’un « entrepreneuriat féminin » ? 

Absolument. En effet, les femmes entrepreneures et les dirigeantes rencontrent des défis quasiment similaires. Lorsque l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a rassemblé, à Bucarest, 700 femmes dirigeantes venues de 84 pays, elles ont exprimé le besoin de se retrouver dans le cadre d’une dynamique internationale qui leur était propre. Cela prouve que l’entrepreneuriat féminin est une réalité pour celles qui le vivent. Ces femmes veulent faire tomber les barrières pour qu’elles puissent recevoir et partager de l’information, interagir avec leurs pairs et bénéficier d’opportunités commerciales à l’international, ainsi qu’accroître leur accès aux opportunités de financement et d’investissement. Pour ces raisons, nous avons créé le Réseau le Réseau francophone pour l’entrepreneuriat féminin (Refef). Ce dernier n’a pas vocation à proposer une énième initiative mais d’agréger les réseaux déjà existants au niveau local ou régional pour leur donner une résonance internationale.

Vous l’avez souligné, les femmes rencontrent davantage de difficultés pour accéder à des financements. Doit-on mettre en place des outils spécifiques aux femmes ?

Je ne pense pas qu’il faille mettre en place des outils différents pour les femmes. Des outils existent déjà et sont efficaces aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Cela étant dit, nous devons adapter la mise en œuvre et l’approche afin de garantir une égalité des chances. Si une femme doit échouer, cela doit être en raison de sa contre-performance et non à cause d’un déficit d’information ou d’un manque de confiance en soi. Cela relève de l’affaire de tous. D’une part il faut déconstruire les préjugés liés au genre et, d’autre part, accompagner les femmes pour qu’elles se défassent de ces mêmes idées reçues.

C’est la raison pour laquelle vous avez rejoint le réseau Femmes entrepreneurs de la Francophonie ?

Après la conférence des Femmes de la Francophonie de Bucarest et plusieurs symposiums menés à travers l’espace francophone par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), la problématique de l’accès à l’information et aux réseaux de décision est apparue comme un frein pour de nombreuses entrepreneures. Avec ce réseau, nous souhaitons créer un cadre moderne et un espace ouvert aux femmes créatives, déterminées et audacieuses, dans lequel s’échangent des opportunités et des informations, se partagent des bonnes pratiques, se créent des synergies et des partenariats. Ce réseau change la donne dans la mesure où il met facilement en relation des entrepreneures avec un écosystème. Ce principe demeurait jusqu’ici réservé à une élite. Avec la plateforme du Refef, une jeune fille au Tchad peut échanger avec moi pour du mentorat et je peux discuter avec une entreprise vietnamienne pour un partenariat. Il s’agit d’un outil concret, en ligne, utilisé chaque jour par de nombreuses femmes sur les cinq continents. J’invite d’ailleurs vos lectrices à s’y inscrire et faire l’expérience par elles-mêmes.

Pour conclure, votre conseil, pour les femmes entrepreneures ? 

J’aimerais leur dire de s’armer de courage et d’avoir confiance en elle. L’accès à l’éducation s’améliore de plus en plus. Les femmes sont mieux formées, elles font de meilleures expériences professionnelles. Il ne leur manque plus que le courage d’aller au bout de leurs ambitions. Nous devons dépasser le genre pour nous concentrer sur nos capacités et nos talents. Il faut briser les barrières et surmonter les obstacles. Il ne faut pas avoir peur de la réussite. J’aimerais conclure par une expression d’Albert Camus, qui me guide au quotidien : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. »

 

Biographie :

Monica Jiman est née le 10 janvier 1977

Depuis août 2011, Monica est Directrice Générale Déléguée de Pentalog.

Auparavant, Monica occupait le poste de Directrice des Opérations (mai 2009 – juillet 2011).
En 2004, Monica prend la direction de la nouvelle agence de Bucarest et s’implique en particulier dans le management des ressources humaines (recrutement de consultants de haut niveau en particulier) et du budget, et le développement du marché local.
En 2007, la direction commerciale Europe de l’Est lui est confiée, et ses responsabilités s’étendent à la commercialisation des activités offshore de Pentalog en Europe.

Monica est membre du Conseil des Présidents et du Comité de Direction. Pentalog France a été créée en 1995 et affiche un chiffre d’affaires en 2016 de plus de 20 millions d’euros.


 

Propos recueillis par Bilkiss Mentari, à Paris

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