• Parcours Faty Ly Le design pour montrer l’Afrique autrement
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Parcours Faty Ly Le design pour montrer l’Afrique autrement

Poussée vers des études scientifiques, Faty Ly, Sénégalaise, a redécouvert sa passion pour l’art en vivant à Londres. Elle retourne alors sur les bancs de l’école, à la prestigieuse Central Saint Martins of London pour se former à l’art de la céramique, avant de fonder, à Dakar, sa marque,  Fatyly…

A 48 ans, Faty Ly est la démonstration vivante que l’on peut, à un moment de sa vie, virer de cap pour suivre une nouvelle voie. Sa voie. Car celle suivie par Faty, dans sa première vie, lui a été quelque peu imposée. « Je suis née au Sénégal, en 1970, où j’ai grandi et étudié jusqu’à l’âge de 18 ans puis je suis partie en France pour poursuivre des études en biologie et en biochimie, raconte-t-elle avant de confier : J’avais un père scientifique, géologue, qui m’a poussée dans cette voie qui je pense n’était pas forcément la mienne. Parce que déjà toute petite, j’étais intéressée par l’art. Par ma mère notamment, et ma grand mère maternelle,  une collectionneuse d’objets d’art africain. J’ai grandi dans cet environnement qui a dû m’influencer. A 4, 5 ans je dessinais constamment d’après ce que me disent mes proches. Certains prédisaient que je serais artiste. Mais pour mon père, un artiste, dans sa culture, est un raté. Les sciences, d’après lui, pouvaient sauver le monde. En tant que fille aînée je devais montrer l’exemple. »

« La céramique industrielle est vaste, elle va du design de la Jaguar à l’assiette »

Ce qu’elle fera. Pour un temps du moins. Ses diplômes en poche, elle déménage dans le sud de l’Angleterre, à Brighton, où elle vivra deux ans, avant de voyager à nouveau aux Etats-Unis, avant de revenir en France, puis Londres, pour finir par poser ses valises en 2010, à Dakar. Entre temps, ses voyages lui auront rappelé quelques souvenirs… « Aux Etats-Unis, j’ai découvert l’art Afro-américain. J’ai assisté à des cours de poterie. Ce qui m’a encouragé à ouvrir une galerie d’art à Dakar pour faire la promotion d’artisans. J’ai commencé à prospecter en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso notamment, où j’ai rencontré des artisans notamment des sculpteurs sur bois, bronziers… et une potière avec qui j’ai construit ce projet à Dakar. » Elle fera ainsi des aller-retour entre Londres, Dakar et Bobo-Dioulasso, reprenant goût au dessin, pendant quelques années avant de décider de retourner sur les bancs de l’école. « J’ai fermé la galerie pour faire un Bachelor à l’école Central Saint Martins of London, un des plus grands établissements de design qui rassemble de nombreuses nationalités. J’y ai découvert un autre monde et je me suis frottée à une diversité de cultures. A Central Saint Martins, j’ai découvert aussi la céramique, un matériau fascinant que l’on retrouve partout comme composants électroniques, implants pour remplacer un os ou encore comme l’art de la table…  Et c’est ce dernier domaine qui va inspirer Faty. »

« Un peintre utilise une toile pour raconter une histoire, pour moi, c’est la porcelaine que j’utilise comme canevas pour raconter une histoire, la mienne. » 

Son bachelor obtenu, elle commence à travailler en freelance à Londres dans le domaine de la gastronomie, pour des chocolatiers notamment. Avant de se sentir prête à lancer sa marque, Fatyly, at home, à Dakar. «  J’ai d’abord créé un studio de design avec un ami, participé à quelques expositions comme le OFF de la biennale de Dakar entre autre, avant de décider de me lancer, en 2015, dans ma propre voie, mon entreprise, seule, et je fais aujourd’hui de l’art de la table. »  Un double retour aux sources pour Faty, à son pays natal comme à sa passion première. « Je pense avoir toujours eu cette passion pour tout ce qui est culture africaine de manière générale, des arts culinaires aux tenues et coiffures traditionnelles. Je suis habitée par tout cela et j’ai envie de l’exprimer. Un peintre utilise une toile pour raconter une histoire, pour moi, c’est la porcelaine que j’utilise comme canevas pour raconter une histoire, la mienne. » Et le retour à Dakar sera force d’inspiration pour elle. « Le fait de revenir dans cet environnement, bombardé par les images du Dakar culturel… On ne peut pas y être indifférent. J’aurais développé sans doute une autre approche si j’étais resté à Londres… Mais toujours dans la célébration de la culture africaine. »

Or Faty, qui veut raconter une autre histoire à travers ses créations, a également le souci de montrer une autre image de l’Afrique. « Il s’agit aujourd’hui pour moi de sublimer les cultures africaines à travers la porcelaine et de proposer des produits de luxe. C’est un challenge. Ce que je fais n’est pas évident, je dessine depuis l’Afrique, même si pour l’heure la conception se fait à l’étranger. Je compte lancer une production locale sous peu. Mon modèle pose un certain nombre de contraintes liées aux règles de commerce dans mon pays. Les frais et taxes sont élevés. C’est un fait. Mais au delà de cela, la passion prend le dessus. Peu importe les défis, on est toujours en mesure de les braver. La passion est à la base de tout. On en oublie les petits tracas, on devient résilient. »

« Les femmes africaines, de manière générale, sont très résilientes. »

Une résilience qui caractérise les femmes entrepreneurs du continent. «  Les femmes africaines, de manière générale, sont très résilientes. Je pense à ma mère qui a créé plusieurs petites entreprises, dans la couture, la coiffure, et même le transport ! Elle a fait énormément de choses. Par passion. Dans nos familles, toutes les femmes font des petits commerces qui influent sur les enfants. C’est un environnement propice à l’entreprenariat. Quelque chose de naturel. On naît entrepreneur quand on naît en Afrique. Au Sénégal du moins, c’est une réalité. Quand je vois tous ces gens autour de moi qui s’activent et créent des petits business, cela influence forcément. »

Reste qu’entreprendre dans le monde de la culture présente des difficultés. Notamment dans l’accès au financement, le nerf de la guerre. « Il y a un sérieux manque à ce niveau. Les acteurs de la finance ne font pas confiance aux artistes. Alors que nous sommes dans un milieu, au Sénégal, où l’art contemporain est une réalité et il est en plein essor. Il y a une réelle production. Ce sont souvent des personnes qui viennent d’ailleurs, qui reconnaissent cette production. A long terme, d’autres pays en tireront les bénéfices avec le risque de voir comme l’art traditionnel, cette nouvelle production africaine s’exiler à l’étranger faute d’environnement propice localement. »

« c’est à travers la passion, la patience, la résilience, la discipline qu’on peut réellement se réaliser et s’inscrire dans la durée.»

D’autant que le marché existe. En partie porté par une nouvelle génération d’Africains fiers de leur identité et attaché à leur patrimoine culturel. « Ce n’est pas encore un grand marché. Mais il y a une tendance qui se confirme. Il suffit de voir dans la mode, cet engouement et cette fierté de porter africain. Notamment chez les jeunes générations. Un  besoin de se prouver que c’est possible de produire et consommer africain. Ca va aller en se développant. Ce n’est pas un phénomène de mode, cela va s’inscrire dans la durée et s’étendre à d’autres secteurs. »

Pour cela, préconise Faty, il faut vivre sa passion jusqu’au bout. « Ce qui m’inquiète parfois avec les jeunes générations, c’est de les voir vivre par procuration sans passion. Facebook ou Instagram donnent l’impression que tout le monde réussit. Nous sommes à l’heure de la gratification instantanée et cette génération semble distraite par les réseaux sociaux. J’ai l’impression qu’il est leur difficile de faire preuve de patience ou de discipline. Or pour moi c’est à travers la passion, la patience, la résilience, la discipline qu’on peut réellement se réaliser et s’inscrire dans la durée. Et ne pas vivre une vie qui nous soit imposée. La passion est à la base de toute chose. Avec la passion on peut arriver à tout. Peu importe les challenges. Quand une idée nous habite, tant qu’on ne l’a pas réalisée, on ne se sent pas accompli cependant toutes les valeurs précitées sont la clé de tout accomplissement.»


Pour en savoir plus : https://www.fatyly.com/

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