• Tribune Samia Nkrumah ” Si le XXème siècle a été celui des indépendances, le XXème siècle sera celui de l’unification de l’Afrique.”
  • Tribune Samia Nkrumah ” Si le XXème siècle a été celui des indépendances, le XXème siècle sera celui de l’unification de l’Afrique.”

Tribune Samia Nkrumah ” Si le XXème siècle a été celui des indépendances, le XXème siècle sera celui de l’unification de l’Afrique.”

Samia Kwame Nkrumah, fille du père de l’indépendance du Ghana, Kwame Nkrumah, fondatrice et présidente du Centre Panafricain Kwame Nkrumah, revient une sur amitié qui aura écrit les premières pages de l’idéologie panafricaniste. L’amitié entre Gamal Abdel Nasser et Kwame Nkrumah. L’occasion pour elle d’inviter à l’unification de l’Afrique.

Je ne m’exprime pas en ma capacité personnelle, mais pour ce que je représente, une vision de l’unité et de la dignité de l’Afrique, une vision immortelle, et nous veillerons à ce qu’elle ne meurt jamais jusqu’à ce que nous ayons réalisé nos objectifs du panafricanisme. Autrement dit jusqu’à la libération et l’unification totale de l’Afrique, y compris l’Afrique des Caraïbes.

Je voudrais vous parler d’un grand homme, Gamal Abdel Nassel, tel que je m’en souviens. La première fois que je l’ai rencontré, j’avais 4 ans. Et je me souviens de cette histoire comme si c’était hier. C’était lors d’une conférence de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA, qui deviendra l’Union africaine, UA), au Caire. Je me rappelle avoir regardé cet homme et remarqué ses beaux yeux. J’ai demandé qui est cet homme. Ma mère m’a répondu : “C’est le leader de l’Égypte, un partenaire de votre père. C’est lui qui a facilité mon mariage avec ton papa. C’est l’homme le plus charmant que j’ai rencontré”.  Il m’a fallu des années pour comprendre ce que ma mère voulait dire.

Disons la vérité, c’était un mariage politique, un mariage arrangé, mais un fabuleux mariage tout de même. Ma mère était une jeune égyptienne courageuse et révolutionnaire qui voulait rencontrer ce grand dirigeant africain mais sa famille était terrifiée. Nous sommes en 1957, en Égypte. “Où se trouve le Ghana, qu’est-ce qu’ils mangent, quelle est leur culture ? a interrogé la famille. Nous ne savons rien d’eux, comment leur envoyer notre fille ?” Nasser est intervenu parce que ma mère était consentante soulignant qu’il s’agissait d’“un des dirigeants africains les plus importants de notre époque » et que ce mariage allait inaugurer de relations diplomatiques très étroites entre le Ghana et l’Égypte.  Et c’est ce qui s’est passé. Le mariage a eu lieu, et il produit trois citoyens de l’Afrique, dont moi. Symboles de l’amitié entre Kwame et Nasser. Une amitié à la fois personnelle et politique.

“Nasser avait compris que la lutte de libération n’était qu’une première étape et non une fin en soi pour atteindre l’indépendance économique”

Qui était Nasser ? Il est arrivé au pouvoir à l’occasion de la révolution de 1952. L’Égypte était dirigée par un citoyen ordinaire pour la première fois. Pas un représentant colonial mais un Égyptien d’origine modeste. Et Nasser partageait avec d’autres dirigeants africains une vision de l’Afrique. Une unité de destin et de réflexion. Ils avaient identifié un ennemi commun, le colon et se sont retrouvés pour combattre le colonialisme. C’est cette vision partagée qui a conduit Nasser à mener un rôle clé dans la libération et l’unification de l’Afrique. Ces leaders œuvraient pour une unité politique, à travers l’OUA qui venait d’être fondée. L’intégration économique ne sera une réalité que si elle est inspirée par l’unification politique. S’ils faisaient ce sacrifice, abandonner une partie de leur souveraineté, et Nasser l’avait compris. Il avait compris que la lutte de libération n’était qu’une première étape et non une fin en soi pour atteindre l’indépendance économique. Pour que les ressources du continent bénéficient aux populations africaines. Et Nasser a donné à l’Afrique un exemple en nationalisant le canal de Suez en 1956. Les dirigeants africains ont alors regardé Nasser avec admiration. Il avait eu le courage de reprendre ce qui appartenait de droit à l’Afrique. Il savait qu’on l’observait et il a nationalisé des banques, des industries, il a également mis en œuvre des réformes agraires radicales, et 2500 km2 de terres arables qui appartenaient à une élite, ont été distribuées à des paysans sans terre. C’était une époque où plusieurs dirigeants africains ont adopté des politiques de nature socialiste radicale pour apaiser les tensions, éradiquer la pauvreté et créer une nouvelle Afrique. Lorsque Kwame s’est rendu au Caire et a vu le grand barrage d’Assouan, il a à son tour, en 1966, lancé le barrage d’Akosombo, ce qui était à l’époque, le plus grand barrage du monde, destiné à réguler le cours du fleuve afin de créer de l’électricité. Dans les années 60, il a nationalisé les compagnies de négoce et s’est orienté dans la même direction que l’Égypte. Nasser et Kwame étaient perçus comme les représentants africains au sein du mouvement des non-alignés. À cette époque nous vivions en Égypte. Nasser a sauvé notre famille quand le gouvernement de Kwame a fait l’objet d’un coup d’État. D’Accra au Caire, Nasser a organisé un pont aérien. Et nous n’étions pas les seules familles africaines secourues par Nasser. Nous avons ainsi croisé la famille de Lumumba après son assassinat. Il n’avait pas dans l’idée de protéger des individus, mais des visions. Nasser était un grand protecteur de la vision panafricaine.

“Nous parlons aujourd’hui d’Afrique subsaharienne, êtes-vous à l’aise avec ça? Le Sahara n’a jamais été une ligne de division de l’Afrique”

Quelle leçon pour nous aujourd’hui ? De cet héritage ? Nous sommes le témoignage vivant de cette forte solidarité arabo-africaine. Kwame nous dit que la révolution sociale doit être une révolution intellectuelle et nous devons intégrer les communautés islamiques, chrétiennes dans notre société et leur accorder une place pour pouvoir réaliser la personnalité africaine. De même que nos principes humanistes fondés sur les sociétés traditionnelles africaines, les intégrer pour créer quelque chose de nouveau. Nasser, nous a dit quelque chose, nous avons ces 3 cercles : l’Égypte, le monde arabe et islamique. Nasser était aussi bien à l’aise dans sa dimension panafricaine, que panarabe et il n’y avait pas de conflit entre les deux. Nous devons nous en inspirer. Devons-nous permettre d’alimenter les sentiments anti-arabes et anti-chrétiens qui nous viennent de l’extérieur ? Nous avons besoin de réfléchir à nos identités, pour que les nations africaines deviennent une réalité. Que devons-nous apprendre de ce grand dirigeant ? L’Afrique est indivisible. Nous parlons aujourd’hui d’Afrique subsaharienne, êtes-vous à l’aise avec ça ? Le Sahara n’a jamais été une ligne de division de l’Afrique. Le Sahara nous a protégé à l’époque, il nous unissait. Nous devons tirer beaucoup d’enseignements du riche héritage du panafricanisme de Nasser. Nous voulons voir arriver de nombreux autres Nasser. Pour atteindre cet objectif panafricaniste, l’unité africaine. Ce ne sont pas nos dirigeants qui le feront. Nous ne pouvons par leur demander de tout changer. Ce sont nous les populations, les travailleurs, les étudiants qui avons le pouvoir d’exercer une pression sur nos leaders pour l’unité. Je me plais à penser que les dirigeants comme Nasser sont comme des modèles pour reconstruire ces anciens liens qui unissaient l’Afrique. Et si le XXème siècle a été celui des indépendances, le XXème siècle sera celui de l’unification de l’Afrique. Nous le devons à nos pères, Nasser et Kwame, nous le devons à nos enfants.


* Samia Nkrumah, fille du père de l’indépendance du Ghana, Kwame Nkrumah, fondatrice et présidente du Centre Panafricain Kwame Nkrumah, basé au Ghana.

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