• Les BRICS et le reste de l’Afrique: quels sont les enjeux?

Les BRICS et le reste de l’Afrique: quels sont les enjeux?

Qui aurait pensé il y a quelques années, voir quelques mois ou même quelques semaines que les dirigeants des deux pays les plus peuplés et ayant une économie dynamique (Chine et Inde) auraient visité le petit pays, le Rwanda, et de surcroit durant la même semaine ? Tenez-vous bien, cela s’est passé il y a de cela quelques semaines. En effet, le Président de la Chine, Xi Jinping, s’est rendu officiellement au Rwanda le 22 juillet et le Premier Ministre de l’Inde, Narendra Modi, le 23 juillet 2018.

Par Ibrahima Cheikh Diong, PDG d’Africa Consulting and Trading (ACT) Groupe Afrique*

Les analystes ont trouvé toutes sortes de justifications sures « Pourquoi le Rwanda ? » Beaucoup ont indiqué que c’est parce que le président Kagame est le président de la Commission africaine, par conséquent, ces visites tentaient de positionner les deux pays en Afrique dans son ensemble. Néanmoins, J’ai une opinion différente. Aucun des précédents Présidents de la Commission africaine et des chefs d’Etat n’a eu à bénéficier de ce genre d’attention. Alors, félicitons le président Paul Kagame et son beau pays. Voici ce que j’en pense : Le Rwanda est un exemple de leadership orienté vers l’action, la bonne gouvernance, un bon sens de l’orientation, une planification adéquate, une grande vision et ambition et de populations qui aiment leur pays. En bref, le Rwanda est un pays sérieux et professionnellement dirigé qui sait ce qu’il veut et œuvre dans cette direction. Par conséquent, qui ne veut pas être associé à une telle réussite ?

Permettez-moi d’aller au-delà du Rwanda et de réfléchir sur le sujet du moment : Les alliances des BRICS, qui regroupent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Plus précisément, quels sont les enjeux pour le reste de l’Afrique en ce qui concerne les pays BRICS ?

Les rassemblements récents des BRICS en Afrique du Sud, le 25 juillet 2018, ne sont pas passés inaperçus pour beaucoup d’entre nous qui sommes fascinés par la nature changeante de la dynamique du monde depuis que Donald Trump est devenu président des États-Unis. Le monde d’avant et celui d’aujourd’hui avec Trump à la tête des Etats-Unis nous affecte tous qu’on le veuille ou pas. Les pays BRICS ne sont certainement pas une exception et l’Afrique non plus. La question est alors de savoir quel impact cette situation pourrait avoir sur les relations entre les pays BRICS et le reste de l’Afrique ?

  1. Renforcer les alliances: Il y a un sentiment généralement partagé aujourd’hui que Trump aime se battre contre tout le monde et/ou s’engage dans des controverses à un rythme inégalé: guerres commerciales avec la Chine, le Canada, le Mexique et l’UE; des messages contradictoires aux pays de l’OTAN ou des négociations chaotiques avec la Corée du Nord; la guerre des mots avec les dirigeants iraniens; menaces militaires contre le Venezuela et une relation controversée avec le Président de la Russie, Vladimir POUTIN, pour n’en nommer que quelques-uns. Le monde a radicalement changé sous Trump au point de se dire chaque jour quel sera la prochaine controverse. La plupart des pays travaillent plus que jamais aujourd’hui pour garder leurs anciens amis et/ou essayer de se faire de nouveaux amis. Faire partie d’une alliance solide et fiable est un must aujourd’hui plus que jamais. On devrait donc s’attendre à plus de solidarité entre les pays BRICS, et entre les pays BRICS et le reste de l’Afrique. Le monde tel que nous le connaissions n’est plus, du moins pour le reste de la présidence de Trump. Naturellement, je n’ai rien contre les Etats-Unis car ce pays m’a donné une éducation supérieure et 20 ans d’expérience professionnelle que je chérirai pour toujours et cela fera toujours partie de moi. Cependant, vu qu’il est impossible d’ignorer les États-Unis, le monde ne peut qu’avancer à travers une solidarité et des alliances plus fortes.
  1. Consolidation des relations bilatérales : Comme en témoignent les récentes visites des dirigeants chinois et indiens au Sénégal et au Rwanda, au cours desquelles de nombreux accords concrets dans des secteurs stratégiques ont été conclus, il faut s’attendre à davantage d’efforts pour renforcer les liens bilatéraux entre les BRICS et le reste de l’Afrique. Il est primordial que les pays africains soient absolument clairs quant à leurs attentes vis-à-vis de ces relations bilatérales.

Les BRICS et le reste de l’Afrique ont plus besoin les uns des autres aujourd’hui plus que jamais et pourraient se soutenir mutuellement. Par exemple, les BRICS, qui sont passés par des transformations industrielles rapides, pourraient jouer un rôle important dans l’accélération de l’industrialisation de l’Afrique, qui est un des grands axes de la Banque Africaine de Développement.  Des relations bilatérales gagnantes sont importantes et doivent être le credo des pays africains.

  1. Plus de commerce et d’investissement et moins d’aide : L’Afrique s’organise mieux en matière de commerce grâce à l’adoption de l’Accord Africain de libre-échange, qui devrait contribuer à stimuler les échanges commerciaux entre les pays africains mais avec le reste du monde. Mais avouons-le, l’Afrique a aussi besoin d’accéder aux immenses marchés des pays du BRICS. Nous devons créer les conditions qui nous permettent d’exporter de manière compétitive vers les pays du BRICS au-delà de nos matières premières qui soutiennent leurs économies.

La plupart des pays BRICS ont une banque d’importation et d’exportation qui offre en général des financements concessionnels aux pays africains tant que le projet bénéficiaire est exécuté par des entreprises des pays prêteurs. Nous devons aussi aller au-delà du financement concessionnel, qui est limité de toute façon, et explorer pleinement les investissements commerciaux et privés des pays du BRICS pour combler nos énormes déficits de financement dans les infrastructures, l’énergie, le logement, l’agriculture, entre autres. L’Afrique a besoin de plus de commerce et d’investissement que d’aide.

  1. Renforcer les liens avec le secteur privé : Cet axe est essentiel pour la relation entre l’Afrique et les pays du BRICS. Pourtant, on en parle peu lors des rassemblements des pays BRICS. Bien sûr, c’était très encourageant de voir le président de la Chine et le Premier ministre de l’Inde se faire accompagner par leurs principaux acteurs du secteur privé lors de leurs visites au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud. On devrait s’attendre à ce que l’angle du secteur privé fasse partie intégrante des rassemblements des pays du BRICS. L’Afrique du Sud, en tant que seul pays africain de ce club, a un rôle majeur à jouer dans la promotion de partenariats entre les acteurs du secteur privé des pays BRICS et ceux du reste de l’Afrique. Nous avons besoin de plus d’investissements privés et de joint-ventures entre ces acteurs du secteur privé. Un forum d’investissement BRICS-Afrique, en marge des réunions gouvernementales, pourrait être un bon point de départ.

En fin de compte, nous vivons dans un monde qui ne cesse d’évoluer, et où il semble nécessaire d’avoir des règles de jeu équitables. Le chroniqueur du New York Times, Tom Friedman, l’a brillamment déclaré dans son best-seller “The World is Flat“, donc nous sommes tous connectés. Les pays africains doivent être mieux organisés pour tirer le meilleur de leurs relations avec les pays du BRICS. Cela nécessiterait, à mon humble avis, 10 principes simples que le Rwanda et ses dirigeants semblaient avoir bien compris :

  1. Un leadership fort et orienté vers l’action
  2. Une vision claire et une grande ambition
  3. Une bonne gouvernance
  4. Des plans concis et ciblés
  5. De bonnes qualités de négociation
  6. Mettre l’accent sur le développement humain
  7. Un bon branding et une bonne communication
  8. Responsabilisation des jeunes et les femmes
  9. Un accent fort sur l’implication du secteur privé
  10. Une plus grande participation et l’état de droit

En résumé, les bonnes pratiques simples et non prescriptives ci-dessus pourraient permettre aux pays africains de mettre leurs pays sur la route de l’émergence et rééquilibrer leurs relations bilatérales avec les pays du BRICS afin de les rendre vraiment bénéfiques pour tous.


*Ibrahima Cheikh Diong, PDG d’Africa Consulting and Trading, est spécialiste de la Chine et conférencier / modérateur pour les affaires africaines, ancien Ministre au Sénégal et Directeur du Groupe de la Banque Mondiale.

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