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Affaire Benalla : De l’exemplarité

La séquence Benalla est-elle une affaire d’État ? C’est la question obsessionnelle de la semaine. Après les auditions de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, de Michel Delpuech, préfet de Paris et d’Alain Gibelin, directeur de l’ordre public de la préfecture, tout laisse penser que l’Elysée pilotait l’ascension professionnelle et privée d’Alexandre Benalla…

Par Nadia Henni Moulaï

« Une dérive individuelle ne fait pas une affaire d’État ». C’est la phrase qu’a lancé Édouard Philippe, Premier ministre, en Conseil des ministres, ce mardi 24 juillet 2018, après des jours de silence.

Certes, l’affaire Benalla n’est pas du même acabit qu’un Rainbow Warrior, le navire amiral de Greenpeace coulé le 10 juillet 1985 à la demande de Charles Hernu, ministre de la Défense et du Président François Mitterrand.

L’affaire n’est pas non plus comparable à celle des financements libyens. Nicolas Sarkozy est mis en examen, en mars 2018, et placé sous contrôle judiciaire, après presque 27 h de garde à vue, pour des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. L’ex-président aurait reçu 50 millions d’euros de Mouammar Kadhafi…

L’affaire Benalla n’a pas certes semé de morts sur son passage. Point de Fernando Pereira, photographe et membre de Greenpeace mort dans l’opération.  Ni de Choukri Ghanem, ancien ministre du Guide, figure clé de l’affaire libyenne, retrouvé noyé dans le Danube, en 2012.

L’histoire est différente, mais les faits sont tout aussi graves. Largesses matériels et privilèges dont a bénéficié Benalla posent également question…

Emmanuel Hammelin, ancien député UMP, réfute l’idée d’une affaire d’Etat « Benalla ». Selon lui, « pour s’attaquer à l’Etat, il faut de vrais arguments ». 

Pour le défendre aussi. Or après, les auditions du lundi 22 juillet, où Gérard Collomb ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien, où Michel Delpuech mets l’Intérieur et l’Elysée en délicatesse, où Alain Gibelin se rétracte après avoir fragilisé la position de Macron, difficile de ne pas y voir une faillite du pouvoir.

Et s’il n’y pas mort d’homme, il y a mort d’une valeur. Celle brandie à l’envi par les sourcilleux du devoir républicain. Il y a mort de la fameuse « exemplarité », souvent exigée en guise de patte blanche républicaine.

Comment ne pas repenser à l’injonction lancée à l’équipe de France, lors de l’épisode sud-africain, en 2010. La grève de Knysna était remontée jusqu’aux plus hautes sphères élyséennes, prenant un tour politique majeur.

Roselyne Bachelot, alors ministre des Sports, condamnait l’attitude de « caïds immatures » ayant terni « l’image de la France » pendant que Nicolas Sarkozy projetait des assises de la gouvernance du sport. Comme s’il voulait nettoyer ces jeunes au Karcher. On ne se refait pas, après tout…

C’est vrai. Le manquement à l’exemplarité, quand on représente la France, n’est pas négociable. Compréhensible après tout. Mais peu crédible à lister toutes les affaires qui jalonnent le parcours de nos chers politiques. Depuis 2000, au moins 60 affaires politico-financières ont concerné nos représentants, du premier magistrat de France au simple élu. Cassette Méry, Elf-Nigeria, Karachi, Clearstream…liste non exhaustive.

L’exemple ne devrait-il pas venir d’en haut ?

Hier, « exemplaire », était lancé comme enjeu politique. Rappelons-nous Manuel Valls taclant Karim Benzema dans l’affaire de la sextape, blanchi depuis. « Exemplaire » était un prérequis pour jouer en équipe de France de football. Moins pour diriger un pays à lire les derniers tweets de l’ancien ministre.

Aujourd’hui, Manuel Valls juge « irresponsables » les accusations contre Emmanuel Macron. Etonnant cette mansuétude. L’exemple ne devrait-il pas venir d’en haut ?

Surtout quand on connait le poids symbolique de la fonction présidentielle propre à la Ve République. Symbolique. Voilà le cœur du sujet.

Si le cas Benalla n’est pas une affaire d’État, symboliquement, il l’est. Il l’est car il abîme cette chère exemplarité, agitée par nos puissants, dès qu’un individu, extérieur à la caste dominante, faute. Surtout, si le Monde n’avait pas reçu l’information d’une source, certainement animée de vengeance ou de justice (oui soyons naïfs), Alexandre Benalla se serait marié et aurait peut-être eu beaucoup d’enfants.

Et Macron aurait poursuivi la partition du président progressiste doté de ce logiciel « monarchie républicaine ». La vérité éclate toujours.

Or, la torpeur médiatique, dans ce genre d’affaire, n’est pas éternelle. L’opinion est oublieuse, prise dans ses tracas du quotidien. La fin du conte de fée Benalla n’a que très peu d’impact sur la vie des Français. Pour autant, cette séquence détériore leur croyance en une certaine idée du modèle républicain.

Mais restons optimistes. Pendant que nos élites abaissent le niveau avec brio, d’autres moins privilégiés le remonte. Il suffit de regarder dans la bonne direction.


*Nadia Henni-Moulaï
Auteur, elle est la fondatrice de meltingbook.com une plateforme qui invite à « faire bouger les lignes en France ».

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