• Nadia Henni-Moulaï, La voix de la diversité en France
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Nadia Henni-Moulaï, La voix de la diversité en France

Fine observatrice de la société française, Nadia Henni-Moulaï la bouscule et mise sur les minorités visibles. « Melting Book », le site qu’elle a créé en 2010, met le focus sur « ceux qui font bouger les lignes en France ».

A 39 ans, Nadia Henni-Moulaï a grandi dans les quartiers d’une banlieue française.  Elle est née en 1979, en Seine-Saint-Denis, dans une famille d’origine algérienne, modeste mais où l’école et l’éducation, comme dans la plupart des familles immigrées, sont sacralisées. Repérée dès le lycée pour sa plume, elle suit brillamment des études littéraires à Paris tout en cumulant de petits jobs. Diplômée, elle s’oriente vers le journalisme mais la précarité du métier l’oblige à se tourner vers la communication politique. Avant de revenir, à l’occasion d’une « pause bébé », à son premier amour : l’écriture. Elle publie son premier livre, 1954-1962 La Guerre d’Algérie – Portraits croisés (ed. Les Points Sur Les I, 2011), suivi du Petit Précis de l’islamophobie ordinaire (ed. Les Points Sur Les I, 2012).

« Raconter pour dépasser » 

En toile de fond de son désir d’écrire, « un passé qui ne passe pas » selon l’expression consacrée par les historiens. « J’ai souvent entendu, au sein de ma famille, des anecdotes liées à la guerre d’indépendance en Algérie. Ma grand-mère, dans les montagnes de Kabylie, a perdu un nourrisson, mort de faim, durant cette période. Ma mère me parlait de sa crainte de l’armée française. Et surtout mon père, installé en France depuis 1948, né en 1925. Cette proximité avec l’Histoire m’a rapidement conduit à m’intéresser et à m’interroger. J’ai toujours pensé qu’il fallait utiliser cette matière, les anecdotes de mes parents, pour raconter cette séquence des relations entre la France et l’Algérie. Raconter pour dépasser. Je suis née en France mais je garde un lien fort avec l’Algérie. Je suis admirative du combat que ce pays a mené pour se libérer du joug colonial. Très jeune, j’ai eu conscience de notre rôle en tant qu’enfants issus de l’immigration. Nous portons cet héritage historique et encore douloureux. Et nous nous devons de combattre ses conséquences qui se perpétuent dans la société française. »

« Faire entendre d’autres voix, celles qui réinventent la France »

Dès lors, Nadia Henni-Moulaï est révélée comme auteure et observatrice avisée de la société française. « Blogueuse de lignes », comme elle se définit, elle créé en 2010, Melting Book, d’abord un site internet puis une maison d’éditions, mais surtout une invitation à réveiller la France. « J’ai toujours eu plusieurs casquettes : journaliste, auteure. L’entrepreneuriat a été une découverte, je me suis surprise. Cela a été une révélation. J’ai lancé le site Melting Book en 2010. A l’origine, il s’agissait de mettre en lumière des Français qui bougent les lignes, à travers un annuaire, une démarche alors inédite. Après neuf mois d’activités, soit deux cents papiers en ligne, nous avons obtenu la reconnaissance de la commission paritaire des publications et agences de presse. Notre démarche éditoriale consiste à faire entendre d’autres voix, celles qui réinventent la France, pose un regard à 360 degrés sur ce pays, empreint de contradictions. »

« Parmi la myriade de combats à mener, la question d’une société plus inclusive est essentielle. »

Cette démarche reflète le fruit de plusieurs années de réflexion sur son propre parcours. « Avec le recul, je comprends que notre parcours est tracé par nos obstacles, nos colères, nos espoirs, aussi. Personnellement, je me bats pour un monde plus juste. Parmi la myriade de combats à mener, la question d’une société plus inclusive est essentielle. Cela doit transparaître dans les médias, témoins et analystes de l’actualité, qui doivent refléter la pluralité de la société française. A l’origine, Melting Book était un carnet d’adresses d’experts issus de la diversité à la disposition des médias traditionnels. Mais, ces lieux de pouvoir restent réfractaires et la volonté fait défaut. Aujourd’hui, la diversité à la télévision évolue grâce aux séries américaines ! Face à ce constat, il est urgent de favoriser l’émergence de médias différents, avec un autre regard sur le monde. »

« Je ne crois pas aux stratégies collectives. Je crois aux réussites individuelles » 

Femme, « banlieusarde », d’origine algérienne, musulmane, entrepreneure… Nadia bouscule les stéréotypes par son « profil ». « Je cumule les identités mais je me sais aussi privilégiée. Je ne vis plus dans un quartier, j’ai fait des études supérieures… Pour autant, je pense que nous portons une forme de ‘stigmate’ invisible… Ou pas. J’ai la chance de naviguer entre les deux mondes, je me dois de dénoncer cette ostracisation. Je ne cède à aucune compromission avec ma vision et mes valeurs. Et il faut avouer que cela dérange. Au delà du mépris, cela montre que nous naviguons dans une mer de conformisme qui complique notre tâche.  A nous de créer les rapports de force pour s’imposer par la qualité de notre travail et non par notre capacité à polémiquer sur les réseaux sociaux. Je ne crois pas aux stratégies collectives. Je crois aux réussites individuelles qui créent des synergies communes, croisent les compétences et optimisent les succès. »

« Beaucoup ont fait mentir le déterminisme social pour transcender leur condition sociale . »

Par cette démarche, Nadia Henni-Moulaï veut faire entendre des voix multiples. « Je considère que les enfants héritiers de l’immigration africaine, nés dans les quartiers, sont des héros pétris de résilience. Les statistiques restent contre nous. Entrepreneurs, médecins, avocats, financiers… Beaucoup ont fait mentir le déterminisme social pour transcender leur condition sociale. Il faut rendre hommage à l’école républicaine pour cette mobilité sociale. »


 

 

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