• Mohamed Abdualshakoor Constructeur de paix

Mohamed Abdualshakoor Constructeur de paix

À 29 ans, Mohamed Abdualshakoor incarne le rêve de l’unité africaine. Né au Soudan, au Darfour, une région ravagée par la guerre, il a fait de la paix sa vocation. C’est à ce titre qu’il a été élu à la tête de l’African Youth Commission”. Portrait.

Par Dounia Ben Mohamed

“J’apprends la construction de la paix”. Une phrase aussi intrigante que celui qui la formule. À 29 ans, Mohamed Abdualshakoor déambule parmi les participants de la septième édition du Forum de la Paix et la sécurité en Afrique qui se tenait à Tana, en Ethiopie, en avril dernier. Il salue, échange, débat. Elégant dans son costume, charismatique, il a déjà l’air d’un leader africain. “Pas vraiment” rétorque-t-il. Mohamed est contrarié. “On ne fait que parler, mais on ne pose aucun acte concret. Encore un forum pour rien…”

Né au Soudan, au Darfour, une région ravagée par la guerre, Mohamed sait de quoi il parle quand il s’agit de paix. “Je viens du Soudan. J’ai arrêté l’université. Je ne voulais pas faire de doctorat. J’ai opté pour une formation en électricité. Je n’avais l’air d’un bon électricien alors j’ai décidé de faire ce qu’on appelle des études continues.  J’ai opté pour l’anglais et les études africaines. ” Deux matières qui vont être décisives dans son parcours. Lequel a eu très tôt un objectif : contribuer de près ou de loin à oeuvrer pour la paix en Afrique. “Je suis intéressé par la question parce que je viens du Darfour, malheureusement une région  très populaire à cause des conflits et de la guerre. Je suis né et j’ai grandi dans cette zone de guerre. Je devais sans doute contribuer à la paix. Je me vois comme un agent de la paix et je dois me battre pour la paix. À l’heure actuelle, la région est en feu, je ne peux pas me taire. Ma motivation est que nous avons plusieurs pays en Afrique, nos histoires sont différentes mais les mêmes contextes. Donc mes efforts pour la paix ne pouvaient s’arrêter à ma région, ou d’autres régions du Soudan en tant que pays mais à d’autres régions africaines ou je peux travailler. C’est ainsi que j’ai été élu en 2017 comme Commissaire de la paix et de la sécurité dans la jeune commission de l’Union Africaine.”

Basée au Ghana, l’organisation réunie un groupe de jeunes qui s’affiche comme une alternative à l’Union africaine, une institution qui a failli selon eux dans sa vocation première, l’unité africaine. “Si les pères de l’indépendance, Nelson Mandela, Kwame Nkrumah et les autres nous voyaient aujourd’hui, ils auraient honte de nous parce que nous les avons déçu, estime-t-il. Où est l’héritage qu’ils nous ont légué ? Nous rêvons d’un nouveau Kwame Nkruma ou autre mais ce rêve est insensé. Tant que les jeunes se noient, tant que les jeunes périssent dans la Méditerranée, tant que les jeunes quittent le continent… Nous, nous sommes donnés pour objectif de travailler pour l’Afrique.” L’heure selon lui, est à un nouveau panafricanisme. “Ce que j’appelle par nouveau panafricanisme, c’est l’idée de repenser l’avenir de ce continent à la lumière de son passé. Au lieu de faire de cette jeunesse africaine l’énergie pour le développement de l’Afrique, nous sommes devenus des outils de guerres, de conflits.”

“Nous n’appelons pas à une révolution démocratique. Nous voulons d’une nouvelle façon novatrice et paisible, voir la réalisation des idées révolutionnaires qui exige l’inclusion.”

En marge des organisations politiques, la jeune commission ne se voit pas comme une forme d’opposition mais au contraire une plateforme entre les gouvernements africains et les jeunes. “Nous ne sommes pas des opposants. Parce que personne ne peut se rebeller contre son père par exemple mais vous pouvez ne pas être d’accord, il peut y avoir des points de désaccord. Cela dépend de comment les leaders dirigent le continent maintenant. L’une de nos campagnes  vise à établir une confiance entre les gouvernements et les jeunes. S’il n’existe pas de confiance entre les gouvernements et les jeunes, il y a un grand problème. Sauf que nous remarquons que les dirigeants ne veulent pas partager, ils ne veulent pas nous associer donc nous avons besoin d’une organisation de gouvernement d’inclusion. Nous n’appelons pas à une révolution démocratique, nous ne voulons pas combat. Nous voulons d’une nouvelle façon novatrice et paisible, voir la réalisation des idées révolutionnaires qui exige l’inclusion.”

“Le leadership un devoir. Nous vous donnons une responsabilité et vous l’assumer . C’est ça le leadership”

S’il rejette l’idée de prendre un jour des fonctions politiques dans son pays comme un autre, il ambitionne ceci dit d’être celui qui chuchote à l’oreille des plus influents, précisément pour les influencer. “Je ne suis pas en train de me construire une carrière de leader ou de chercher à devenir président. Mais j’aimerais être dans les coulisses. Je veux être celui qui produit les leaders africains de demain.  Parce qu’on ne naît pas leader. On peut  être amené à le devenir, être placé ici ou là, et faire de vous un leader. Mais ce ne doit pas être une question d’héritage. Le leadership un devoir. Nous vous donnons une responsabilité et vous l’assumer . C’est ça le leadership.”

“Les jeunes doivent être associés et encouragés à participer à la gouvernance, au pouvoir”

En attendant, si tout le monde parle de la jeunesse africaine, sur le continent comme ailleurs, rien n’est fait selon lui.  Parce qu’on n’écoute pas la jeunesse africaine. “Ce que nous attendons de nos dirigeants c’est de voir une nouvelle forme d’intégration de la jeunesse. Les jeunes doivent être associés et encouragés à participer à la gouvernance, au pouvoir. Nous devons donner l’opportunité aux jeunes de prendre des responsabilités. Et cela aussi constitue les exigences des peuples actuellement. La population africaine exige une autre classe dirigeante. Les jeunes ont des idées novatrices. Ont-ils des idées créatives et des manières sociales, innovatrices qui peuvent développer les communautés.  Mais les talents se noient dans la Méditerranée. Dans mon pays le Soudan, en 2016, 56 000 professionnels ont quitté le pays. Des diplômés en médecine, ingénierie, et autres.  En attendant, on entend que des discours. Les africains sont très éloquents, de bon parleurs mais pas d’actions.”

C’est pourquoi Mohamed et ses acolytes ont décidé de bousculer les choses en interpellant les dirigeants africains à travers cette organisation, la jeune commission africaine. “Et ils n’auront d’autres choix que de nous écouter.”

 

Pour en savoir plus : www.africanyouthcommission.org


 

Par Dounia Ben Mohamed

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