• Mali : La diaspora dessine les enjeux de l’élection présidentielle

Mali : La diaspora dessine les enjeux de l’élection présidentielle

La Mali élira un nouveau président le 29 juillet 2018. L’APUMAF, un organisme de la diaspora principalement composé d’universitaires dressent les priorités du pays en invitant et débattant avec les candidats.

Simon Vermot Desroches

Moussa Mara, ancien premier ministre et récent candidat déclaré à l’élection présidentielle était le premier à passer devant le parterre d’universitaires et d’étudiants maliens installés en France et réunis le 12 avril à Paris par l’Apumaf, une association de la diaspora malienne essentiellement composée d’universitaires. Et les inquiétudes de ces derniers sont nombreuses à quant à la situation de leur pays d’origine : sécurité, économie, université et jeunesse… Un tableau qui résume les enjeux du pays à quelques mois d’une élection très attendue.

La sécurité à la base des inquiétudes

« On ne peut pas parler du Mali ou de l’Afrique de l’Ouest, sans évoquer le problème sécuritaire. Rien ne pourra être fait sans stabilité dans ce domaine » interpelle plusieurs participants à ce débat. Le nord du Mali est actuellement en proie aux revendications indépendantistes touarègues et au développement de groupes djihadistes. Un conflit qui s’envenime, en témoigne la récente attaque d’un camp onusien et d’une base de l’armée française à Tombouctou qui a fait au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés. Côté politique, il faudra donc investir dans l’armée et poursuivre les discussions avec le G5 Sahel, afin d’endiguer la progression des groupes djihadistes notamment préconisent les participants. Autre point : les négociations de paix avec les indépendantistes. « Malgré l’accord de paix de 2015, le gouvernement peine toujours à regagner le contrôle sur les régions septentrionales et l’insécurité se propage au Centre et au Sud », analyse la banque mondiale. Désarmer les indépendantistes, point essentiel de l’accord de paix, sera l’une des priorités du prochain gouvernement.

Pour l’économie, diversification et lutte contre la corruption

Si la situation sécuritaire n’est pas bonne, cela n’a pas un impact concret sur l’économie malienne. Si la croissance s’établit autour de 6 % ces dernières années, la pauvreté diminue, le Mali reste un pays pauvre, dont l’économie se résume principalement à l’agriculture et à la vente de matières premières. Si la diversification de l’économie reste une priorité, la jeunesse malienne attend de ses dirigeants des mesures pour endiguées contre la corruption, comme le révèle un sondage organisé par l’APUMAF.

« J’ai touché du doigt cette corruption au pays, explique un professeur présent lors de ces rencontres, j’avais un projet avec l’achat de matériel pour l’université. J’ai vu le marché initial et le marché final : il y avait 20000 euros de différence. » Une corruption qui le pousse aujourd’hui à penser à l’abandon de ce projet. Dans la salle peu semblent surpris, beaucoup préfèrent en sourire, preuve d’un système qui ne fonctionne pas et qui coûte au Mali de nombreux investissements extérieurs.

Moussa Mara : un renouveau politique et de leadership

Les universitaires de l’APUMAF ont, bien sûr, abordé la question de l’université et de la formation. Un étudiant a notamment interpellé le candidat sur la question des cours privés dispensés par certains professeurs, « une inégalité devant les études dont j’ai été victime », assure le jeune homme. Autre point présenté par les membres de la diaspora, l’impossibilité pour eux de dispenser des cours au Mali. Mais devant ce parterre d’universitaire, Moussa Mara a choisi de parler de formation professionnelle et illustre son propos : « Je suis comptable à l’origine, mais si je n’ai rien à compter je ne travaillerai pas ». Pour lui l’accent doit être mis avant tout sur les petites formations professionnelles afin de développer un véritable dynamisme qui permettra ensuite aux élites de s’exprimer au Mali. Premier à passer devant les universitaires, Moussa Mara a déroulé son programme basé sur un renouveau politique et de leadership. Et s’il assure vouloir se détacher d’un modèle français, notamment dans le domaine universitaire, il semblerait tout de même que le président français lui serve de modèle pour sa campagne.


 

Simon Vermot Desroches

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