• Interview Vimal Shah, CEO BIDCO « Nous espérons conquérir des marchés dans toute l’Afrique d’ici 2030 »

Interview Vimal Shah, CEO BIDCO « Nous espérons conquérir des marchés dans toute l’Afrique d’ici 2030 »

« Je suis Kenyan », rappelle volontiers Vimal Shah. De fait, cet homme d’affaires, parmi les plus influents du pays, originaire d’Inde, est né au Kenya. « Et j’y mourrai ! » Avec Bidco, un groupe agro-industriel qui opère dans la région, Vimal entend développer un nouveau modèle d’agriculture intégré.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

L’année dernière, vous nous assuriez que le Kenya était le hub de l’Afrique de l’Est. Depuis, les élections se sont passées, difficilement, l’économie s’est essoufflée… Le Kenya est-il toujours le hub ?

Le Kenya est encore un hub si vous prenez en considération l’activité économique en terme de télécommunications, de plateformes aéroportuaires et financières, de logistique. Vous avez un accès à la mer. Le Kenya est un passage obligé pour développer des activités d’exportations ou d’importations au Burundi ou en Ouganda. En terme de gouvernance du pays, vous avez une nouvelle constitution. L’année 2017 n’a pas été bonne en raison des élections dans ce domaine, mais maintenant ça reprend. Les élections sont passées. Nous les avons même refaites. Maintenant, il faut se tourner vers les cinq prochaines années et faire en sorte que le Kenya devienne plus fort encore. Le Kenya est le seul pays africain avec une démocratie pleine et entière. Le pouvoir est maintenant entre les mains du peuple qui vote. Le pouvoir appartient aux gouvernements des 47 contés locaux. Donc nous devons être concentrés sur le développement de chaque conté. Le Kenya sur le long terme deviendra un hub plus stable en raison de sa stabilité politique et de sa démocratie. Car peu importe les événements, nous avons progressé avec la mise en place de la nouvelle ligne ferroviaire. Maintenant, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre. S’il est temps que le gouvernement change de concept sur la lutte contre la corruption, qui est nécessaire, le secteur privé doit aussi se mobiliser. Chaque société doit adopter des mesures de contrôles contre la corruption. Le président ne doit pas contrôler le judiciaire, le président ne doit pas contrôler le parlement ni les conseils municipaux. Les hommes qui composent les cabinets ne doivent pas être des politiciens. Ils doivent travailler pour améliorer le système de finance, de santé et autre. 

À propos de l’agriculture, votre domaine d’activité, elle représente 24% de la croissance. Mais le défi est de la rendre plus moderne, plus industrialisé. Comment comptez-vous y contribuer? Sachant que la sécurité alimentaire figure parmi les priorités du chef de l’État…

Absolument. Après sa dernière élection, quand le président est venu aux commandes, il a énoncé quatre priorités. La première est l’industrialisation. Puis l’accès au soin, l’agriculture et assurer un habitat décent pour chaque Kenyan. L’agro-business est l’une des grandes priorités, car c’est l’un des plus gros pourvoyeurs potentiels d’emplois au Kenya. Il apporte de la richesse locale. Le Kenya qui est un pays libéral doit produire localement. Si vous ne faites que consommer des importations, vous perdez votre attractivité. Tout ce que tu manges comme nourriture doit être produit sur place et cela rend ton économie plus compétitive. Si vous voulez parler d’industrialisation, il faut parler de pôle d’activité. L’énergie et les transports, il faut produire localement. Si tu produis et exportes des produits finis comme en pharmacie, tu peux les vendre aux prix souhaités et tu fais des bénéfices. C’est au gouvernement de donner l’impulsion pour le développement des entreprises en démocratisant l’accès aux finances avec les banques. Mais d’autres modèles existent comme celui des petits fermiers qui font des profits pour eux-mêmes. Ils ne sont pas salariés, travaillent pour eux-mêmes. C’est au gouvernement de donner l’impulsion pour le développement des entreprises en démocratisant l’accès aux finances avec les banques.

Ce système, vous l’appliquez vous-même au sein de Bidco qui est basé sur l’aide aux petits fermiers notamment ?

Bidco a plusieurs partenariats avec les fermiers locaux en partageant de vieilles valeurs comme l’entraide pour les rendre plus performants. Avec la technologie aujourd’hui la transmission de l’information est plus rapide avec les réseaux sociaux comme Facebook. Le modèle développé par Bidco consiste à augmenter la valeur marchande de nos productions agricoles et rendre plus compétitifs encore nos produits transformés. Nous croyons fortement en un capitalisme inclusif, car il permet aux entrepreneurs et aux différents acteurs du processus de tirer profit de cet écosystème avec l’utilisation des technologies, incluant notamment la distribution. Cela donne aussi à plus de gens l’opportunité de devenir entrepreneurs.

Vous avez adopté le même modèle en Ouganda, en Tanzanie et à Madagascar ?

À Madagascar et en Tanzanie, nous avons le même modèle qu’au Kenya, mais c’est différent en Ouganda. Dans ce pays, nous avons notre propre plantation de 3400 hectares pour la culture de l’huile de palme avec 1800 fermiers qui travaillent chaque jour. Nous sommes en partenariat avec le Fonds international de développement agricole.

L’activité en Ouganda est-elle destinée à un marché local, régional ou international ?

Pour le marché ougandais, nous voulons produire pour exporter vers les pays voisins 

Et avec Madagascar ?

Avec Madagascar, nous avons commencé à produire de l’huile pour le marché national. Mais maintenant nous cherchons à intégrer les produits locaux dans un marché régional. Au départ, on commence par implanter nos produits sur nos marchés nationaux avant de viser l’inclusivité régionale. Pareil en Tanzanie. L’inclusivité en terme économique n’est pas une idée socialiste, ni capitaliste ni communiste, c’est à la jonction de toutes ces idées. Chacun gagne de la valeur lorsqu’un écosystème est fort et rentable pour tous. Le fermier gagne de l’argent, le transporteur gagne aussi de l’argent : tout le monde gagne de l’argent. Et ce système fait que les 28 000 personnes qui travaillent dans cet écosystème deviennent des entrepreneurs.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous espérons conquérir des marchés dans toute l’Afrique d’ici 2030. Pour l’heure, nous fournissons le marché intérieur régional et particulièrement ceux de la région COMESA. Si vous regardez les prévisions, l’Afrique est pleine d’opportunités et nous comptons étendre notre activité à plusieurs autres pays. Le potentiel agricole de l’Afrique n’est pas encore pleinement utilisé alors que nous avons des terres arables, de l’eau, du soleil. Donc, nous souhaitons, au niveau de Bidco nourrir l’Afrique à partir de ses ressources du nord au sud, de l’est à l’ouest. Nous devons d’abord commencer par toute l’Afrique de l’Est d’ici les cinq prochaines années.


 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

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