• Edem Kodjo, ex-secrétaire général de l’OUA « Il n’y a pas de nations en Afrique »

Edem Kodjo, ex-secrétaire général de l’OUA « Il n’y a pas de nations en Afrique »

Edem Edourad Kodjo, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine de 1978 à 1983, devenue Union Africaine, et ancien premier ministre du Togo explique sa vision de l’unité africaine. Constatant l’échec des politiques actuelles, il lance un appel à la fin des souverainetés nationales.

Interview réalisée par Blamé Ekoue, Lomé

Pourquoi le continent a échoué à réaliser l’unité africaine depuis les indépendances ?

Je ne pense pas que ce soit un manque de volonté politique. Et je n’aime pas non plus que l’on résume tous nos problèmes à cela. Cela paraîtrait trop facile. Je pense que l’élite africaine et ceux qui nous gouvernent ne sont pas encore prêts pour l’unité africaine. La plupart d’entre eux considèrent l’unité africaine comme un rêve presque irréalisable. Je ne partage pas du tout cet avis. Je pense que nous devons aller de l’avant.

Alors que doit-on faire pour réaliser l’unité africaine ?

Nous devons ignorer certaines questions liées à la souveraineté nationale. Il n’y a pas de nations en Afrique. Pour moi, nous avons seulement des parcelles d’États déterminées par des étrangers à Berlin au 19e siècle. Ce n’est pas une décision que nous avons prise nous-mêmes. Nous devons nous asseoir autour d’une table et, au lieu de faire beaucoup de discours comme à l’accoutumance en session de l’UA, mettre tous les dossiers sur la table afin de voir les domaines sur lesquels nous pouvons travailler ensemble. Un exemple me semble pertinent, c’est la recherche scientifique. Je pense qu’en mettant ensemble nos maigres ressources dans ce domaine précis, nous pourrions faire des progrès. Nous avons également besoin d’une structure au-dessus des gouvernements siégeant au sein de l’UA. Cette structure doit avoir tous les pouvoirs afin de prendre des décisions pour promouvoir l’économie africaine et l’émancipation africaine.

Pensez-vous que les dirigeants soient prêts à se débarrasser de leur souveraineté ?

Ils ne veulent pas se débarrasser de leur souveraineté et c’est là que réside le problème. Vous savez, mon village se trouve juste à la frontière à environ 25 kilomètres de Lomé. Mais les gens de ma communauté ont l’habitude d’aller à Zodjé de l’autre côté au Ghana pour faire leurs activités mercantiles et cultiver leurs champs. Les populations ne se soucient pas des frontières. Ce sont plutôt les élites et les gouvernements qui le font. Quand j’étais secrétaire général de l’OAU, j’avais l’habitude de tenir de tels discours devant les chefs d’État parce que je suis un combattant de la liberté pour l’Afrique. Je ne cesserai de dire la même chose jusqu’à ma mort.

Que pensez-vous de la proposition de la mise sur pied d’une commission électorale indépendante continentale pour organiser des élections libres, transparentes, crédibles et démocratiques à travers l’Afrique afin de mettre fin aux disputes électorales ?

L’indépendance de nos structures responsables des élections demeure un problème sérieux et il en est de même pour nos structures garantes de la constitution. Donc, c’est une bonne idée de demander à l’Union africaine de mettre en place une structure qui fera ce travail d’une manière propre et positive.

Vous avez écrit un livre intitulé « Lettre ouverte à l’Afrique ». Pourquoi écrire un tel livre après tant d’années passées dans la diplomatie africaine ?

J’ai saisi une opportunité. Je souhaitais lancer un appel aux Africains afin qu’ils prennent en main leur responsabilité. L’Afrique ne doit pas être le dernier continent du monde. L’Afrique est belle. L’Afrique a beaucoup de ressources, tant humaines que matérielles. Malheureusement si je prends en considération les aspects géopolitiques, l’Afrique demeure toujours le dernier des continents. Donc, je veux que l’Afrique entame sa marche en avant. À travers ce livre, « Lettre ouverte à l’Afrique », je souhaitais m’adresser spécialement à ces pays qui ont obtenu leurs indépendances depuis cinquante ans.


 

Interview réalisée par Blamé Ekoue, Lomé

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