• USA-Afrique De l’Obamania à la Trumphobie
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USA-Afrique De l’Obamania à la Trumphobie

L’arrivée de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale a fait trembler les chancelleries africaines au même titre que celles du reste du monde. D’autant que très vite ses discours n’ont laissé aucune place à l’incertitude quand à sa future politique africaine. Et pourtant, le tournant donné à la politique africaine américaine version Donald Trump ne devrait pas aller dans le sens prévu…

Par Dounia Ben Mohamed

On s’en souvient encore, l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche, premier afro-américain de l’histoire, avait suscité une vague d’espoir sur tout le continent. Si l’Obamania a tourné court, le bilan de la politique africaine des Etats-Unis version Obama, pour beaucoup ce fils de migrant kenyan aurait pu mieux faire, l’arrivée de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale a fait trembler les chancelleries africaines au même titre que celles du reste du monde. D’autant que très vite ses discours ont laissé présager de sa future politique africaine.

« Nos soldats combattent côte à côte pour défaire les terroristes et nous travaillons ensemble pour intensifier un commerce libre, juste et réciproque ».

La dernière en date a provoqué l’indignation de ses homologues africains. Lors d’une  d’une réunion avec des parlementaires à la Maison Blanche portant sur l’immigration, Donald Trump a qualifié plusieurs nations africaines de “pays de merde”. Des propos certes tenus en off, mais assumés. « Certaines personnalités politiques à Washington choisissent de se battre pour des pays étrangers, mais le président Trump se battra toujours pour le peuple américain », a indiqué Raj Shah, porte-parole de l’exécutif, dans un communiqué. Ceci étant dit, Trump adressera, le 25 janvier, une lettre aux chefs d’Etats africains, alors réunis à Addis Abeba pour le 30e sommet de l’Union africaine , dans lequel il assurera que les Etats-Unis « respectent profondément  les Africains ». « Nos soldats combattent côte à côte pour défaire les terroristes et nous travaillons ensemble pour intensifier un commerce libre, juste et réciproque ». Il annoncera par la même occasion dépêcher son secrétaire d’Etat Rex Tillerson «  pour une visite prolongée en mars » sur le continent.

Mais au delà des discours, les premiers actes posés confirment l’approche « Trump ». Ainsi, en septembre, le président américain a abrogé le programme qui a permis à 690 000 jeunes, entrés illégalement aux États-Unis alors qu’ils étaient enfants, de travailler et d’étudier en toute légalité en les protégeant de l’expulsion. En janvier dernier, joignant le geste à la parole, et conformément à sa promesse de campagne d’expulser les 11 millions d’immigrants dans leur pays d’origine, il commence par renvoyer une centaine de migrants au Kenya et en Somalie. De même, son premier projet de budget, « America First », peut-être résumé ainsi : moins d’aide publique, plus de business. Ce qui vaut pour le monde dans son ensemble, l’Afrique en particulier. Concrètement, dans ce document il annonce sa volonté de réduire la dotation au Département d’Etat et à USAid, l’agence pour l’aide extérieure, de 10 milliards de dollars. Ce qui va nécessairement concerner des pays du continent. A commencer par l’Ethiopie, première bénéficiaire africaine de l’aide américaine (troisième mondiale). Les dotations aux institutions d’aide au développement dont la Banque Mondiale et la Banque Africaine de développement doivent également être réduites de 650 millions de dollars sur trois ans de même que les Nations-Unis, dans le viseur de Donald Trump, alors que les USA sont les premiers financeurs des missions de maintien de la paix (28%) dont les trois quarts des budgets sont destinés au continent. Sachant qu’il a déjà annoncé son désengagement du Fonds vert pour le climat. 

« Pour les entreprises américaines, l’Afrique est vraiment devenu un endroit où elles doivent aller – et elles veulent y aller ».

Et pourtant, entre deux diatribes verbales, le leader américain révèle ce qu’il est en réalité : un business man. Ainsi, au cours d’un déjeuner tenu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, avec des dirigeants africains_ le sud-africain Jacob Zuma et le nigérian Muhammadu Buhari en l’occurrence_, il confie son admiration pour « l’Afrique (qui) a un potentiel commercial énorme. » Ajoutant : «  J’ai plein d’amis qui vont dans vos pays pour essayer de devenir riches. Je vous félicite, ils dépensent beaucoup d’argent. » Surtout, il déclare : « Pour les entreprises américaines, c’est vraiment devenu un endroit où elles doivent aller – et elles veulent y aller ». Et il semblerait que Donald Trump, focalisé sur la guerre économique menée contre la Chine, soit bien décidé à encourager les entreprises américaines à se rendre sur le continent africain, où l’influence de l’Empire du milieu est grandissante. Une approche qui devrait être très vite confirmée par le sort réservé à l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), l’accord de libre-échange signé en 2000 qui facilite l’entrée des marchandises africaines au marché américain, reconduit par le Congrès américain jusqu’en 2025. S’il est indéniable que Trump aille au bout de ses projets concernant l’aide publique et l’immigration, il risque peu de revenir sur les intérêts économiques américaines. Sachant, à titre d’exemple, qu’un de ses principaux partenaires commerciaux est l’Afrique du Sud. Toujours selon la logique « America First ».

60 millions de dollars à l’action du G5 Sahel

Si virage il y a, c’est moins sur le champ économique que militaire. Selon une approche déjà amorcée. En effet, alors que depuis le traumatisme de la bataille de Mogadiscio qui s’était traduire par la mort de 18 GI’s, la ligne américaine est de ne pas intervenir directement sur le sol africain, les Américains n’ont jamais cessé d’opérer militairement sur le continent. Officiellement pour des opérations de formation. En réalité, dans le cadre de l’obsession américaine de lutter contre le terrorisme international dont l’un des terrains de jeu est l’Afrique. C’est ainsi que plus d’un milliers d’hommes des forces spéciales américaines, dans le cadre de Socafrica la version plus interventionniste de l’Africom, sont récemment intervenus en Afrique centrale, dans le cadre de la lutte contre Boko Haram ; en Afrique du Nord et de l’Ouest dans la suite de l’opération libyenne, ou encore en Afrique de l’Est contre les Shebabs, qui restent la priorité américaine. Une présence peu visible qui pourrait évoluer. Les Américains, déjà engagés dans des missions de maintien de la paix dans 26 pays africains l’année dernière, ont contribué à hauteur de 60 millions de dollars à l’action du G5 Sahel. Et, à côté des bases officielles américaines, dans la plus importante à Djibouti, les Américains ont mis en place des « zones de surveillance », par drone, à l’image de la base non officielle présente dans le sud-tunisien est qui sert de d’avant poste aux opérations menées en Libye et dans le Maghreb.

En attendant de voir si l’approche interventionniste se confirme sur le champ militaire, il apparaît quand terme de démocratie et de droits de l’homme Donald Trump sera beaucoup moins regardant que ses prédécesseurs. Et certains dirigeants africains, actuellement sous la sellette, n’en attendent pas plus de l’Oncle Sam…


 

Par Dounia Ben Mohamed

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