• Tribune ” USA-Afrique : pour un nouvel panafricanisme
  • Tribune ” USA-Afrique : pour un nouvel panafricanisme

Tribune ” USA-Afrique : pour un nouvel panafricanisme

Depuis que Donald Trump a lancé sa campagne pour l’élection présidentielle américaine, qu’il a fini par gagner, il n’a jamais cessé de susciter la controverse. Nous en avons même tendance à oublier les faits pour nous concentrer sur les mots lorsque nous passons en revue les relations entre les États-Unis et l’Afrique sous l’ère Trump.

Cheikh Ibrahima Diong
PDG , Africa Consulting & Trading

Il est essentiel d’aborder au préalable l’héritage de l’administration Obama. Au-delà de l’enthousiasme suscité par son élection dans le monde entier, Obama n’a cessé de distiller un message d’espoir et de vertu tout au long de sa présidence. Les progrès réalisés par son administration dans la relation américano-africaine sont notables, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’énergie (avec l’initiative Power Africa), du commerce (principalement par le biais de la loi africaine sur la croissance et les opportunités, AGOA) et du leadership (YALI). Obama a montré son engagement à contribuer au développement des relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Afrique en accueillant le Sommet des Leaders Africains en 2014 à Washington DC. En y repensant, Obama a laissé un héritage positif qui devrait continuer à prospérer même sous un nouveau régime.

Toutefois, il semble que, ayant eu presque une année de campagne pour passer en revue toutes les possibilités, les pays africains (et le reste du monde d’ailleurs) n’étaient toujours pas en mesure d’anticiper le résultat et les conséquences de l’élection de 2016. Nombreux sont ceux qui ont été surpris par la victoire de Donald J. Trump.

Donald Trump a ce côté émotionnel qui est transparent dans sa façon de voir le monde, sa façon de fonctionner ainsi que sa façon de communiquer. A son âge, il est vain d’essayer d’y apporter la moindre modification. Le 45ème président américain est un homme d’affaires. Jusqu’à présent, il n’a pas encore clairement défini ses intentions envers le continent africain. Cependant, Donald Trump soutient le commerce équitable et, jusqu’à présent, il n’a pas encore pris la décision d’abroger l’AGOA. Trump appelle certes au nationalisme, afin de protéger d’abord les entreprises américaines dans le monde entier. Ainsi, cela pourrait éventuellement conduire à diriger des investissements américains vers le continent africain.

Son commentaire au sujet des pays africains et d’Haïti, a suscité des réactions de tous les coins du continent entraînant une grande vague de colère et d’indignation. Cependant, le problème que Trump a soulevé, qui doit vraiment être abordé en premier, est de savoir quels sont les nouveaux moyens pour l’Afrique de développer des partenariats rentables et durables à l’étranger ? De toute évidence, cela semble beaucoup plus attrayant que d’attendre un changement de régime dans une autre partie du monde qui changerait radicalement les opportunités qui s’offrent à nous et nos partenariats potentiels. L’objectif principal du continent africain en ce moment devrait être de travailler à la construction de partenariats équitables et équilibrés dans le monde entier. Nous devrions rechercher des partenariats bilatéraux durables et fructueux pour les deux parties impliquées, non seulement avec les États-Unis, la France ou d’autres pays développés mais aussi dans d’autres parties du monde, y compris les pays émergents (Chine, Turquie …).

Après nous être posé cette question, nous devons déterminer ce qui compte le plus pour notre continent. Ce dont l’Afrique a besoin, c’est d’un meilleur leadership, d’une plus grande transparence, d’un plus grand africanisme, d’un développement équilibré du capital humain et, surtout, du rebranding de notre continent en améliorant l’image donnée au reste du monde. Le tableau qu’il va falloir peindre est celui d’un continent conscient de ses atouts et se concentrant sur eux pour atteindre le stade de développement avancé.

Aujourd’hui, plus que jamais, c’est le moment idéal pour nous de commencer à prendre en main le destin de notre continent plutôt que de dépendre d’un quelconque changement de direction dans une autre partie du monde pour déterminer si nous allons de l’avant. Il y a d’autres choses sur lesquelles nous devrions nous concentrer plutôt que de réagir aux paroles d’un homme borné et qui est très susceptible de commettre encore de nombreuses gaffes. Au-delà de Trump, nous devrions nous demander quel genre de leadership nous voulons dans nos pays. Les Africains d’aujourd’hui devraient se concentrer sur le rebranding de l’image de leur continent plutôt que de se laisser prendre dans le cycle sans fin de réagir à ce que les autres disent de nous. Le monde dans lequel nous vivons est un monde globalisé où le partenariat consiste à préserver l’intérêt de sa nation d’abord en vue d’assurer sa propre durabilité.

L’Afrique est au carrefour du monde et le carrefour se développe actuellement. Ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est de leadership; ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est de nous assurer que nos ressources naturelles contribuent au développement de notre continent; ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est qu’aucun pays africain ne soit laissé pour compte sur la voie du développement; ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est que ses dirigeants placent les intérêts de leur nation avant les leurs; ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est de fournir du financement à tous ces jeunes talents à travers le continent pour leur permettre de s’épanouir et ainsi contribuer à la croissance de leur pays. Telles devraient être nos priorités.

Le fait est que nous ne pouvons pas changer Donald Trump ou ses opinions; il est comme il est, et son mandat ne finit pas avant 2021.

En fin de compte, notre continent est souvent décrit comme le continent des opportunités. À cet égard, la question qui compte ici n’est pas pourquoi Trump a dit ce qu’il a dit mais plutôt c’est ce que nous allons faire à ce sujet. Cela nécessite que nous nous posions quelques questions: de quoi avons-nous besoin? Où trouvons-nous les ressources pour satisfaire ces besoins? Ensuite, nous pourrons nous concentrer sur le développement des bonnes stratégies durables pour soutenir ces besoins.


 

 Cheikh Ibrahima Diong
PDG , Africa Consulting & Trading

Vous pourriez aussi aimer

Le dossier du mois

Macron à Ouagadougou « Un rendez-vous manqué »

La visite du président Français Emmanuel Macron au Burkina Faso a suscité diverses réactions au sein de l’opinion publique et du monde universitaire. Dans cette interview, Ibrahim Nonkane, enseignant en

Le dossier du mois

Côte d’Ivoire : sortir de la crise grâce à l’agriculture verte.

La ville de Korhogo a su se sortir plus que d’autres de la crise que le pays a connue pendant dix ans. En 2002, alors que la rébellion en prend

Le dossier du mois

Burkina Faso : Docteur Michel Akotionga, le médecin qui répare les organes des femmes excisées

Au Burkina Faso, la pratique de l’excision a encore la peau dure. En effet le taux d’excision des femmes dont l’âge varie entre 15 et 49 ans est de 76%