• L’économie collaborative : une alternative pour les jeunes entrepreneurs algériens
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L’économie collaborative : une alternative pour les jeunes entrepreneurs algériens

A Alger, des chefs d’entreprises s’imposent en privilégiant un modèle économique davantage tourné vers les relations humaines et le partage de compétences. Focus sur ces initiatives qui permettent de tisser un réseau professionnel tout en développant son activité.

 

Par Zahra Rahmouni, à Alger

 

Peu de monde se pressent dans les allées du centre commercial et d’affaires Mohammedia Mall. Le lieu situé dans l’Est de la capitale est étrangement calme. Dans les étages, la plupart des locaux sont fermés, tandis que d’autres sont loués par des entreprises qui profitent d’un loyer bas, nous dit Mohamed Islem Ayad.Le gérant d’ISCompany, nous a donné rendez-vous chez The Address, un espace de coworking qu’il utilise régulièrement comme ses bureaux. Dans un mélange d’anglais et d’arabe, son ami Marouan Aoudia, créateur du lieu, résume son projet en trois mots : «connecter, collaborer, créer».Le chef d’entreprise au profil atypique a grandi entre l’Algérie et les USA et compte déjà une longue expérience managériale dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Ancien responsable de Pepsi Algérie, Marouan Aoudia a tout lâché et utilisé son épargne pour ouvrir le premier espace de coworking algérien en février 2016 après avoir découvert le concept aux Etats-Unis. «On a un espace de coworking, des salles de réunions et il faut savoir faire un équilibre entre tout ça. Quand j’ai commencé, je misais plus sur l’espace de coworking alors que dans le temps j’ai remarqué qu’il y avait davantage de demandes pour les salles de réunion. Donc, je me suis adapté», explique-t-il.Un peu plus d’un an après son lancement, l’espace de 250 m² au design chaleureux accueille tous types de profils, du chef d’entreprise provincial qui se déplace régulièrement sur Alger pour y effectuer des entretiens à l’hypnotiseur qui loue une salle pour des visites ponctuelles. Les étudiants, les avocats, les jeunes entrepreneurs comme Mohamed Islem Ayad profitent aussi du concept.

Ce juriste de formation a lancé son activité de bartering en 2016. Depuis, sa plateforme Iscomarket emploie deux autres personnes et compte «45 adhésions avec cinq à sept échanges par mois».Selon lui, The Address efface beaucoup de contraintes. «Nous sommes des starts-up, nous démarrons. Donc, pour ne pas investir trop de moyen financier dans la location ou dans le mobilier de bureau, on utilise cet endroit. Il y a un double avantage : économique et réseau puisqu’il permet de rencontrer de nouvelles personnes, dont d’autres entrepreneurs».

Son entreprise favorise aussi les échanges entre professionnels qui ont une vision différente du commerce et qui ne veulent pas toujours user de leur trésorerie. Son système de troc inter-entreprise, inédit en Algérie, permet aussi bien l’échange simultané que l’échange différé.Parmi les transactions effectuées, il cite en exemple une société de livraison et de transport qui offre ses services à une chaîne de restauration contre des plateaux repas fournis régulièrement. «S’il était resté dans un schéma entrepreneurial classique peut-être que le restaurateur aurait sollicité un autre prestataire de transport», tout en devant payer le service en numéraire. Dans un contexte de crise économique où la monnaie nationale est dépréciée, il souligne que ce système s’avère intéressant pour «les entrepreneurs qui veulent garder des liquidités et qui aimeraient avoir une alternative économique pour répondre aux besoins de développement et de fonctionnement de leurs activités».

Mutualiser les moyens

Le jeune entrepreneur croit dur comme fer à son projet de bartering. «L’avantage de l’échange inter-entreprise, c’est qu’il créé une économie collaborative entre des structures qui veulent économiser sur leur trésorerie car elles n’ont pas beaucoup de cash et qui ont un savoir-faire, un service qui ne leur coûte pas autant que d’acheter directement en numéraire. Cela créé aussi une communauté collaborative et sert à mutualiser les équipements», détaille Mohamed Islem.

Marouan Aoudia a d’ailleurs eu recours au procédé. «The Address a proposé à un infographe freelance d’utiliser son espace en contre partie celui-ci a conçu les publications graphiques destinés à ses réseaux sociaux», explique Mohamed Islem. Un rapport gagnant-gagnant s’instaure entre toutes les parties. Pour Iscomarket, le business plan est simple. La société récupère entre 5 et 9% de la valeur totale du montant des prestations de services échangées entre les deux parties. Et pour s’assurer que son business soit sécurisé, Mohamed Islem choisit scrupuleusement ses adhérents et les soumet à une clause à valeur juridique. «Les freelanceurs déposent un chèque de caution afin que l’on soit sûr qu’il n’y ait personne qui disparaisse après avoir bénéficié d’un service surtout dans le cas d’un échange différé», ajoute l’entrepreneur.

Le e-paiement pourrait certainement faciliter son projet mais en attendant que son utilisation soit généralisée, il fait avec les moyens du bord. En tant que jeune entrepreneur, il déplore néanmoins la lourdeur de l’administration, notamment en matière «de domiciliation, d’accès au financement et de fiscalité». Un dernier point qu’il juge très pesant sur le climat des affaires en Algérie parce qu’il ralentit la dynamique entrepreneuriale «surtout pour les entreprises qui n’ont pas les moyens d’avoir leur service comptabilité ou de se déplacer aux recettes des impôts chaque mois avec une longue période d’attente», signale Mohamed Islem.

Effet boule de neige

«Il y a des difficultés mais l’Algérie est une terre d’opportunités. Je les vois. J’ai choisi le coworking mais il y a beaucoup d’autres secteurs où j’ai envie de me lancer», relativise Marouan AoudiaIl envisage déjà la création de deux autres espaces de coworking, l’un à Oran dans l’ouest et l’autre à Annaba à l’Est et se félicite de compter «six success-stories», grâce à The Address.

Pour le prouver, il nous invite un étage plus haut afin de visiter les bureaux de l’entreprise Almas. Après avoir dispensé des formations dans le domaine aéroportuaire à The Address durant plusieurs mois, le gérant est désormais installé dans ses propres locaux. «On a démarré chez The Address et maintenant on se fait au moins quatre fois son chiffre d’affaires», s’amuse-t-il.


Crédit Photo : Zahra Rahmouni
  • Mohamed Islem Ayad, fondateur d’ISCompany
  • Marouan Aoudia, créateur de The Address

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