CPA « Nous représentons cette nouvelle histoire qui lie les deux continents »

Promis par le candidat Emmanuel Macron, instauré en août dernier par le nouveau chef de l’Etat, le Conseil présidentiel pour l’Afrique dévoile enfin ses missions. A commencer par celle d’apporter un nouveau souffle aux relations France-Afrique, en donnant notamment la parole aux sociétés civiles que les membres sont supposés incarner. Véritable innovation ou nouvelle désillusion ?

Par Dounia Ben Mohamed

« Le CPA n’est pas un fan club du président Macron. Ce n’est pas un club d’amis qui se connaissaient auparavant et cherchent un quelconque titre de gloire. Ce n’est pas davantage un organe porte-parole du chef de l’Etat ou de son gouvernement». Une fois n’est pas coutume, avant de présenter le tout nouveau Conseil présidentiel pour l’Afrique qu’il préside, Jules-Armand Aniambossou indique « ce qu’il n’est pas ». Réunis le 11 décembre dernier à Paris, pour la première conférence de presse du CPA, la première depuis son instauration en aout dernier, le Franco-Béninois, ancien ambassadeur du Bénin en France, par ailleurs ancien camarade de classe de Macron, entouré de 8 sur les dix membres que compte le CPA, veut d’emblée faire taire les rumeurs autour de cette nouvelle initiative.

« Des personnalités neuves, aux idées neuves, pour accompagner cette nécessaire refonte des relations entre la France et l’Afrique »

A première vue, l’objectif essentiel de ce nouvel organe étant d’apporter un nouveau souffle à la « France-Afrique », en donnant la parole notamment aux sociétés civiles d’Afrique et de la diaspora, celles que les membres sont supposés incarnés. « A travers le spectre de parcours divers et variés, nous avons un dénominateur commun : nous sommes tous issus de de la société civile, souligne Jules-Armand Aniambossou. Le CPA c’est d’abord une promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui, une fois élu président, a transformé en réalisation concrète, en aout dernier. Pour cela, il a fixé des règles simples : une structure avec des personnalités neuves, aux idées neuves, pour accompagner cette nécessaire refonte des relations entre la France et l’Afrique. Car il ne faut pas se voiler la face, c’est une relation aujourd’hui désenchantée. Mais ce n’est pas une fatalité. » Et d’ajouter : « Une structure indépendante qui va faire des propositions aux chefs de l’Etat et les suivre, à travers un lien permanent entre les cibles prioritaires : les jeunes, les sociétés civiles, les femmes. »

Des audiences et des recommandations

Des « cibles » reçues en audience par les membres du CPA, tous bénévoles « au service de la République », et  signataires d’une charte d’éthique et de déontologie qui régit leur mission, qui se réunissent depuis août tous les vendredis, dans les locaux mis à leur disposition à l’Agence française de développement ou à l’Elysée, afin de remettre « leurs recommandations » réservées au chef de l’Etat. Lequel s’en est notamment servi pour son « Discours de Ouagadougou », prononcé le 28 novembre dernier lors de sa visite dans la capitale burkinabé, premier acte de sa politique africaine qui annonce la tendance. Manifestement au goût des membres du CPA.

Ainsi la kenyane Yvonne Mburu, chercheuse en immunologie, fondatrice de Medinafrica, une plateforme qui réunit les chercheurs africains du monde entier, salue l’annonce par le chef de l’Etat de la mise en place du visa de circulation de longue durée pour les Africains diplômés en France. « Moi, je voyage avec un passeport kenyan. Il faut savoir ce que cela implique comme défi de voyager avec un passeport africain en. Est-ce que les scientifiques participent aux conférences internationales ? » De même, Diane Binder, directrice adjointe du développement international du groupe Suez, salue d’idée une « saison des cultures africaines » en 2020. Ou le thème choisi pour le prochain sommet France-Afrique, prévu en 2020 également pour Jules-Armand. « Nous avons été globalement satisfait du discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou et que certaines de nos propositions ont été reprises par le président »poursuit-il, mettant en avant « une liberté de ton qui nous a plût. »

« Nous sommes, de par nos activités professionnelles et personnelles en contact direct avec les sociétés civiles, ce qui fait notre force »

FCFA, soutien à des régimes dictatoriaux, co-développement… Le CPA ne pourra faire l’impasse sur les dossiers brulants qui entrave la relation franco-africaine. « Nous sommes, de par nos activités professionnelles et personnelles en contact direct avec les sociétés civiles, ce qui fait notre force » assure Diane Binder, par ailleurs membre du Conseil d’Administration de Women in Africa et fondatrice d’ Action EmploiRéfugiés (AERé). « Le débat entre la France et l’Afrique est tellement passionnel, je comprends le scepticisme de certain. J’ai grandi entre les deux continent, et je suis trop consciente de la fracture dans la relation entre la France et l’Afrique à cause d’un passé lourd à digérer, admet Vanessa Moungar, franco-tchadienne, directrice de l’égalité du genre, des femmes et de la société civile au sein de la Banque africaine de développement. Nous avons justement une chance que les choses soient différentes. » Pour sa consoeur franco-tunisienne, Sarah Toumi, entrepreneuse sociale, entre autres engagée dans la lutte contre la désertification en Tunisie, la double nationalité de certains membres, est un des atouts du CPA. « Nous représentons cette nouvelle histoire qui lit les deux continents. On a besoin de repenser notre présent et notre avenir en digérant notre passé, exhorte Sarah, qui souligne la jeunesse des membres, âgés entre 30 et 50. Notre rôle est de porter une nouvelle voix, celle notamment de la société civile africaine. On a démarré le 29 aout, rappelle Sarah.  On s’est déjà beaucoup entretenu entre nous, avant de faire des propositions au président. Ce  soir nous rencontrons 350 têtes de réseau des diasporas africaines en force. Comme nous l’a demandé le président, nous allons être ces yeux et ces oreilles pour lui faire remonter les attentes du terrain. » La présence de personnalités originaires d’Afrique anglophone était également une volonté du chef de l’Etat complètera Yvonne. « Je ne représente ni les intérêts de la France ni celle du Kenya. C’est pour quoi le président a voulu des membres qui ne soient pas Français ».

« Nous ne sommes pas des béni-oui-oui»

« Il y a des attentes légitimes, confluera le président du CPA. Nous n’avons qu’une réponse : laissez nous travailler. C’est une première. Je connais Emmanuel Macron depuis quinze ans et je le crois sincère dans sa volonté de transformer le continent africain. Même si je me sens profondément béninois mais en même temps foncièrement français. La volonté est là, l’engagement, la sincérité… Avec un esprit de discernement, nous ne sommes pas des béni-oui-oui. » Prenant exemple de question de la restitution des objets d’arts à l’Afrique, il indique « Nous travaillons avec les acteurs africains sur les modalités concrètes, c’est là où nous avons évolué. » Avant de conclure : « Comme l’a dit Macron à Ouagadougou, la solution est africaine ».


 

Par Dounia Ben Mohamed

 

Vous pourriez aussi aimer

Actualité

Algérie : Peur des ménages après la chute du pétrole

Même si les autorités algériennes tentent, tant bien que mal, de dissiper les angoisses, il n’en demeure pas moins que la peur de la dégradation de la situation sociale hante

Actualité

CEEAC : les chantiers de 2015

2015 sera une année charnière pour la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC). Le Secrétaire général de l’institution, Allam-Mi Ahmad a fixé, le 16 janvier 2015 à Libreville,

Actualité

Sommet des élus : Les maires africains défendent leur voie

La Ville de Paris accueillait, le 4 décembre 2015, près de 1000 maires venus des quatre coins du monde. Les Africains, loin d’être absents, ont profité de l’évènement pour mettre