• Côte d’Ivoire- Interview- Pr Alban AHOURE (Directeur par intérim de la Cellule d’Analyse de Politiques Economiques du CIRES (CAPEC) : « Je suis optimiste quant à l’avenir de la Côte d’Ivoire »

Côte d’Ivoire- Interview- Pr Alban AHOURE (Directeur par intérim de la Cellule d’Analyse de Politiques Economiques du CIRES (CAPEC) : « Je suis optimiste quant à l’avenir de la Côte d’Ivoire »

Prof AHOURE Alban Alphonse Emmanuel, Maître de Conférences  Agrégé  des Sciences  Economiques, CAMES 2013,  PhD en Sciences Economiques de l’Université  de Kobé, JAPON. Il est Enseignant-Chercheur à l’UFRSEG de l’Université  Félix Houphouët Boigny de Cocody depuis octobre 2006.

 Réalisée par Issiaka N’GUESSAN à Abidjan 

 

Vous êtes le directeur des politiques d’analyse économique au CIRES, du 1er janvier 2017 à aujourd’hui est ce que vous pouvez nous faire un bilan général de l’évolution sociopolitique et économique de la Côte d’Ivoire ? 

En ce qui concerne l’évolution sociopolitique et économique de la Côte d’Ivoire en 2017, faut dire que cette année a démarré avec des troubles. Tout le monde sait bien qu’il y a eu des revendications des personnes dans l’armée, qui revendiquaient donc des promesses qui avaient été faites en termes de prime ou de paiement, ce qui a affecté les ressources publiques notamment les finances publiques et nous savons également que cette année a commencé aussi avec une chute drastique du coup du cacao donc qui affectait également les prévisions économiques et nous avons aussi eu un climat social tendu avec les revendications particulièrement dans le secteur de l’éducation, donc différentes revendications, différentes grèves des enseignants, des étudiants également qui ont réclamé des conditions de vie meilleures,  ce qui a affecté le fonctionnement de l’Etat.  Donc voici un peu les difficultés rencontrées particulièrement en début d’année jusqu’à la fin du premier semestre de l’année. Maintenant on se rend compte que malgré ces difficultés auxquelles le gouvernement a apporté des solutions importantes parce que nous avons eu par la suite une certaine stabilité après  le deuxième soulèvement des militaires, nous avons eu des solutions qui ont apporté la stabilité il faut le dire, c’est important.

Il faut aussi noter en terme de climat sociopolitique un autre fait, c’est la persistance des comportements néfastes des enfants en conflit avec la loi, ces enfants dits « microbes », qui ont endeuillé plusieurs familles au cours de l’année 2017, ce qui a créé beaucoup de chocs jusqu’à ce que il y ait même un policier qui soit tué à Yopougon au cours de cette année 2017, c’est aussi un climat assez néfaste et qui affecte le moral des populations et nous avons vu des films même qui ont été réalisés par rapport à ces enfants dits « microbes ».

Entre temps, il y a eu l’organisation de grandes rencontres à Abidjan, le dernier c’est le sommet UA-UE donc le tableau n’a pas été aussi négatif ? 

C’est là que je voulais en venir justement ! dire qu’il y a eu les remous sociaux politiques, du point de vue économique aussi on a eu un choc exogène qui était la baisse du prix du cacao, on a eu ce choc et malgré tout, l’économie ivoirienne a été résiliente puisque la croissance se maintient autour de 8% donc selon les prévisions, et donc il y a des secteurs qui ont pu juguler  la baisse du coût du cacao qui n’a pas enregistré une baisse aussi dramatique.

Et donc la stabilité qui a prévalu après les différentes crises militaires, et aussi les …on pour dire aussi les … tout ce qu’il y a eu comme ce qu’ils ont appelé les opérations éperviers (lancées contre le grand banditisme dans le pays mais surtout pour répondre, de sécurisation notamment dans la ville d’Abidjan a redonné confiance que ce soit à la population nationale qu’au niveau international.  La Côte d’Ivoire a abrité cette année des évènements de très grandes envergures, nous avons eu d’abord l’organisation des Jeux de la Francophonie, ce qui a été une réussite parfaite selon les experts de l’organisation des jeux de la francophonie, en dehors de toutes les rencontres et autres et deuxième rencontre vraiment particulière, c’est le sommet UE-Afrique, mais à côté de cela nous avons eu le SARA, nous avons eu ICASA  sur le VIH-SIDA, nous avons eu le sommet sur la nutrition et sans compter les sommets que nous-même la CAPEC avons organisé, le quatrième sommet des think-thanks, c’était en avril 2017, avec plus de 120 personnes venues de l’extérieur représentant donc des think-thanks africains et qui sont venus aussi hors de l’Afrique, donc pour dire que y a certainement des difficultés socio-politiques, économique, mais les solutions apportées, les solutions donc la réponse apportée par le gouvernement, cette réponse-là a pu permettre de retrouver l’accalmie et la confiance et ces éléments ont permis notamment de voir la bonne organisation de ces grands évènements.  Tout cela, c’est important pour les investissements donc il faut consolider, consolider le climat social, de stabilité sociale, c’est très important pour les investissements parce qu’on ne peut pas avoir de croissance, de développement sans investissements et particulièrement les investissements privés et quand on parle d’investissement ce que les investisseurs regardent c’est le niveau de risque et le niveau de rentabilité du pays, et quand il y a instabilité le risque est élevé et il ne peut pas avoir d’investissement, donc pour 2017 je pourrais dire que ça été une année remplie de soubresauts,  il y a eu des difficultés réelles à un moment donné avec ces interventions militaires, ces crises-là, on craignait le pire et en même temps avec les solutions apportées on se rend compte que dans le dernier semestre de l’année la Côte d’Ivoire a montré aux yeux du monde entier que, comme on le dit elle est vraiment de retour.

D’accord ! Elle est vraiment de retour est- ce que on peut justement dire que, au regard de ces soubresauts que le model a craqué, qu’est-ce qui justement n’a pas marché ?

Il faut savoir que la sortie de crise est récente, et quand on fait une crise aussi violente et importante pendant dix années, il ne faut pas s’attendre à ce que toutes les choses se remettent en place au bout de trois, quatre, cinq ans, donc en tant qu’observateur je veux dire homme de sciences et de recherches, je peux vous dire qu’il faut du temps, il faut du temps mais en même temps il faut aussi des actions fortes parce que le temps existe. Il faut des actions fortes, donc est ce que le système a craqué ? Je pense que ce que nous avons vécu c’est un peu on pourrait dire des externalités liées à la crise, c’est des conséquences de la crise mais en même temps des conséquences aussi d’une réponse insuffisante, la réponse elle est là mais d’une réponse insuffisante en terme de gestion de sortie de crise, insuffisante parce que nous constatons qu’il y a eu des remous, une réponse insuffisante en terme de gestion de crise parce que les anticipations assez fortes auraient pu permettre de les juguler ou bien auraient permis de pouvoir peut-être éviter.  Je veux dire que ce qui s’est passé avec l’armée, parce que les grèves ou les remous sociaux de ce type  existent un peu partout, mais quand une armée bloque pendant deux à trois jours toute l’activité économique avec des tirs et autres, avec des échanges de tirs et des morts, là c’est vraiment une crise profonde ! et en même temps pour dire que justement il faut continuer de travailler afin que ce type de crise ne revienne pas parce que si nous décollons et nous nous mettons sur le chemin de la stabilité, de la croissance et du développement,  nous n’avons pas le droit de faire marche arrière il faut continuer dans ce sens, et continuer dans ce sens exige que des solutions adéquates, idoines soient apportées au problème et l’un des gros problèmes qui demeure c’est la question de la cohésion sociale, et cela, tous les experts le reconnaissent. Il est vrai, nous sortons de crise et il faut un peu de temps mais en même temps il faut certainement aller un peu plus vite, des actions sont menées il faut le dire, un peu partout, des actions sont menées par le gouvernement pour apaiser les cœurs mais ces actions semblent encore insuffisantes. Lorsque nous regardons ce qui se passe à l’ouest du pays entre population baoulé et autochtones, on se dit donc que les actions sont insuffisantes. Lorsque nous parcourons des parties sud ou centre du pays et que des populations se sentent lésées ou abandonnées on se dit donc que les actions sont insuffisantes. Elles sont là, menées et elles vont avoir des  effets beaucoup plus importants dans le long terme mais les actions sont insuffisantes et aujourd’hui il faut aller vraiment dans le sens de l’apaisement des cœurs, dans le sens de la réconciliation réelle, dans le sens de l’inclusion de toutes les parties prenantes au développement de la Côte d’Ivoire et de sorte à ce que l’ivoirien, qu’il soit au sud, à l’est, à l’ouest, au centre ou au nord, se ressente dans cette Côte d’Ivoire une, dans cette Côte d’Ivoire qui appartient à tous et qui est pour tous. Comme je le dis du travail est fait et c’est remarquable, du travail est fait, des institutions sont mises en place, des moyens financiers sont dégagés, des actions sociales sont menées de part et d’autre mais les blessures sont si profondes qu’il faut des actions encore plus vigoureuses.

Quand vous parlez d’actions plus vigoureuses pour consolider justement cette cohésion sociale quelles sont vos propositions?

L’un des fondements du raffermissement des liens c’est la question de l’équité qui n’est pas encore très bien perçue, sentie par tous ou pressenti par les ivoiriens.

De l’équité dans la justice ?

De l’équité à tous les niveaux ! Dans la justice, dans l’accès aux services publics, dans l’accès aux emplois publics par exemple. Si nous prenons les services importants comme l’éducation et la santé il n’y a aucun problème. D’ailleurs il n’y a aucune différenciation qui est faite. Mais dans l’accès à l’emploi public surtout et pour les hauts cadres de tous les niveaux, nos recherches que ce soit avec les sociologues, les économistes et autres, ce qui apparait justement c’est le sentiment que certaines couches sociales ont le sentiment d’être exclues ou abandonnées et ou que  la part belle est faite à certaines couches par rapport à d’autres. C’est un sentiment qui peut être légitime ou non mais tant qu’il est exprimé, il faut pouvoir apporter des solutions, sinon cette impression, ce sentiment pourrait se transformer en des frustrations profondes, et faire que les individus vont s’exclure d’eux-mêmes, ou bien seront exclus du système de production et c’est des crises sociales qui peuvent naître de là.

Des nuages sombres  planent encore au-dessus de la tête des ivoiriens  avec les menaces de démobilisés, là il y a le front social qui reprend avec une grève illimitée des enseignants de l’université Félix Houphouët-Boigny, il y a les syndicalistes qui donne de la voix, est-ce que justement cette croissance dont on parle tant n’est pas véritablement virtuelle pour le commun des ivoiriens sur le terrain confronté à des difficultés sociales de tous les jours ?

Je préfère regarder l’évolution des chiffres.  La croissance est là, le taux de pauvreté baisse, qu’on regarde le taux de pauvreté ce n’est pas que dans un niveau donné c’est à tous les niveaux, il y a des actions qui sont menées, des villes donc ciblées, pour la question de transfert vers les ménages les plus pauvres donc pour résoudre le problème de ces populations, quant à la fronde sociale, dans les pays en développement c’est réel partout ce n’est pas qu’en côte d’ivoire donc on ne pourrait pas interpréter cela autrement en des nuages aussi sombres. Je reste optimiste quant à l’avenir de la Côte d’Ivoire, je regarde les indicateurs, des actions doivent être menées pour corriger notamment les questions, là où il y a des insuffisances notamment en matière de cohésion sociale et de réconciliation, tant au niveau de la justice, au niveau comme je l’ai dit de l’accès à certains services et de l’accès à l’emploi dans le secteur public. C’est ce que nous remarquons mais en même temps nous nous rendons compte que le gouvernement mène des actions. Bien sûr, tous les effets ne peuvent s’observer à court ou moyen terme. Avec le temps on devrait avoir des effets plus importants, bien sûr si on a une meilleure redistribution de la croissance.


 

 Réalisée par Issiaka N’GUESSAN à Abidjan 

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