• Gabon Les investisseurs de retour ?

Gabon Les investisseurs de retour ?

Dans un contexte de crise économique sévère due à la chute du prix du baril de pétrole sur le marché international et aux tensions post-électoral, le gouvernement gabonais compte plus que jamais sur le secteur privé et les investisseurs étrangers pour créer les conditions d’une sortie de crise durable.

Par Pierre-Eric Mbog Batassi, à Libreville

Le 14 décembre 2017, le ministre gabonais du commerce et des investissements Madeline Berre, qui s’exprimait à l’occasion d’une table ronde à Libreville sur le thème « Investir au Gabon »  a invité les investisseurs étrangers à poser leurs valises dans le pays.  Une invitation qui s’inscrit dans le cadre des actions menées actuellement par le gouvernement gabonais pour la relance de l’économie. A ce titre, les autorités misent plus que jamais sur le secteur privé pour palier au choc pétrolier et créer de nouvelles poches de croissance.  Ce qui est déjà l’objectif  du gouvernement quand il a créé, en 2010, la zone économique à régime privilégié  (ZERP) de Nkok. Installée au sud de Libreville, la zone est considérée par certains analystes comme une vraie terre promise pour les investisseurs. L’Etat veut y favoriser l’implantation et le développement de nouvelles industries modernes et performantes. Par une batterie de mesures incitatives. Les avantages fiscaux par le régime privilégié place la ZERP de Nkok sur le podium des zones économiques les plus prometteuses en Afrique. Le revenu des personnes morales pour les dix premières années est exempt d’impôt, taxé à 0%. Les industriels implantés sur le site paient 0% d’impôt sur le foncier. Les investisseurs bénéficient d’un rapatriement de 100% des fonds. Les entreprises ne paient pas de droits de douanes quand elles importent des équipements pour leur usine. Elles bénéficient d’une réglementation assouplie en matière de nombre de salariés expatriés.

NKOK : 300 milliards FCFA d’investissements depuis 2010

L’Etat garantit l’accès à l’électricité dans la zone économique grâce à une station thermique à gaz dédiée, ralliée par une ligne à haute tension de 90 KVA en fonctionnement continu. Le tarif est moins élevé que dans le reste du pays. L’eau est disponible pour les usines. Elle est stockée dans deux réservoirs d’une capacité de 6 millions de mètres cube. Sur le site, huit forages ont été réalisés. L’administration est présente à Nkok. Un guichet unique abrite pas moins de 17 services publics sous tutelle de l’autorité administrative. Ce qui lui a valu de remporter le trophée d’or du meilleur projet africain dans la catégorie Infrastructure portuaire et aéroportuaire, lors de l’Africa Investments Forum & Awards qui s’est tenue à Paris le 23 novembre 2017. Depuis 2010, la ZERP a attiré 300 milliards FCFA d’investissements. Parmi les industriels symboles de la diversification de l’économie gabonaise, on peut citer Aciéries du Gabon qui a investi 22 milliards de FCFA et a créé 229 emplois. Gabon Wood Industries a injecté 9 milliards FCFA et embauché 194 salariés. Au total, plus de 10 100 emplois ont été créés. Ce chiffre va augmenter au fur et à mesure, car de nouveaux investisseurs sont attendus.

« L’objectif est de soutenir les investissements privés en créant un cadre des affaires plus attractif »

Le pays s’est lancé également dans la construction des infrastructures, afin d’accompagner les projets économiques proposés par les argentiers. « Entre 2009 et 2016, nous avons réalisé 672 kilomètres de routes bitumées et réhabilité le chemin de fer. Et dans le transport ferroviaire, nous sommes passées de 8 à 16 trains par jour. Ce qui a fait doubler la capacité de transport des marchandises. L’objectif est de soutenir les investissements privés en créant un cadre des affaires plus attractif et permettant aux opérateurs économiques de rentabiliser leurs projets. L’amélioration du cadre législatif est importante, mais ne suffit pour rendre une économie compétitive », a déclaré Soleman Liban, coordonnateur du plan stratégique Gabon Emergent (PSGE). En termes d’infrastructures, le pays vient de se doter également d’un nouveau port international dans la périphérie de Libreville pour un coût de 180 milliards FCFA, grâce à un partenariat avec Olam International. Cette nouvelle infrastructure a fait  chuter de 30% les frais liés à l’importation des produits.

Retour de la confiance des partenaires institutionnels

Une reprise des chantiers susceptible de rassurer des investisseurs échaudés par la crise socio-politique qui a suivi la dernière échéance électorale. Autre signe encourageant, le FMI a approuvé au mois de juin, un prêt de 642 millions de dollars au profit du pays, qui avait besoin d’un appui financier solide pour soutenir son programme de relance économique à moyen terme. Signe du retour de la confiance des partenaires institutionnels du pays. « En deux ans, le portefeuille de la Banque Mondiale au Gabon est passé de 70 millions de dollars à un peu moins de 700 millions de dollars, souligne Alice Ouedraogo, représentante résident de la Banque Mondiale. Nous avons confiance en l’Etat gabonais et nous souhaitons que les projets initiés impactent durablement les populations les plus vulnérables en participant à l’amélioration de leurs conditions de vie. Nous visons une croissance inclusive ».

La responsable locale de la Banque Mondiale invite toutefois le gouvernement à faire davantage d’efforts de diversification de son économie et déployer plus d’énergie dans de nouveaux secteurs porteurs de croissance. Entre autres, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et le BTP. Ce qui devrait permettre d’améliorer l’employabilité des jeunes. Hans Pemba, DG de SS-Energie,  avance pour sa part que « l’Etat gabonais doit aussi faire plus d’efforts pour solder la dette intérieure, afin de permettre aux PME locales d’être plus compétitives. Beaucoup ont déposé la clé sous paillasson en raison de l’insolvabilité du gouvernement. L’amélioration de l’environnement des affaires passe aussi par un soutien  appuyé aux entreprises locales. »

Apaiser les tensions politiques

Pour renflouer ses caisses, l’Etat, tout en ciblant l’investissement privé, poursuit les efforts en faveur de la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics, qui est parfois à l’origine des ratés dans l’exécution des politiques publiques. Reste à parachever les réformes électorales et institutionnelles engagées par le gouvernement et une partie de l’opposition, qui doivent être adoptées par les deux chambres du parlement, afin d’apaiser durablement les tensions politiques qui continuent d’agiter le pays…


 

Par Pierre-Eric Mbog Batassi, à Libreville

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