Maroc Boeing: l’ambitieux écosystème aéronautique qui peine à démarrer

Le 27 septembre 2016, un protocole d’accord était signé sous la présidence du Roi Mohamed VI, entre Boeing et l’Etat marocain, représenté par le Ministre de l’Industrie, Moulay Hafid El Alamy, avec l’objectif de doubler les capacités du secteur aéronautique du royaume, en créant autour de l’avionneur américain un écosystème de fournisseurs. Plus d’un an après, force est de constater que les ambitions chérifiennes peinent à voir le jour…

 Par Abdennabi Aboulaarab, à Casablanca

 

Le soir de la signature de ce contrat prometteur, le Roi avait reçu M. Raymond L. Conner au Palais Royal à Tanger, le président signataire de Boeing Commercial Airplanes, et l’avait décoré du Ouissam Alaouite de classe exceptionnelle (Grand Cordon). Une telle cérémonie, réservée aux personnalités et évènements d’importance stratégique pour le palais et le pays, révèle l’implication royale en personne dans le développement des nouveaux secteurs stratégiques pour le Royaume, parmi lesquels les industries automobile et aéronautique sont les plus en vue.

Boeing n’est pourtant pas à son premier investissement au Maroc. Déjà en 2001, l’avionneur américain avait créé en joint-venture avec le groupe Safran et Royal Air Maroc l’entreprise MATIS Aerospace (Morocco Aero-Technical Interconnect Systems). Ce géant américain des airs connait donc bien ce pays et les potentialités de son secteur aéronautique, qu’il avait accompagné depuis ses premiers départs. «A travers notre entreprise (…) à Casablanca, nous avons pu déjà constater de nos propres yeux les opportunités uniques offertes par le Maroc aux sous-traitants de l’aéronautique pour réduire leurs coûts tout en produisant des produits aéronautiques de grande qualité», explique le président de Boeing « Commercial Airplanes », Raymond L. Conner,

Un contrat aux retombées stratégiques  

Avec ce contrat signé, la présence du géant américain au Maroc devrait prendre une ampleur plus importante. Il s’engage désormais pour le développement d’une plateforme de sourcing, en adéquation directe avec la stratégie du groupe Boeing dont l’objectif est un taux d’externalisation de l’ordre de 85% (contre 65% aujourd’hui). En effet, Boeing n’ouvre pas d’usines en propre dans le monde, mais oriente et accompagne ses sous-traitants avec des accords drastiques, afin qu’ils répondent à ses exigences de baisse des coûts et de rentabilité. En concret, l’avionneur américain, s’engage avec l’Etat marocain pour la création d’une zone industrielle spécialisée pour ses sous-traitants, dans la région de Tanger, qui monte ainsi en puissance face à la zone franche aéronautique de Casablanca, Midparc.

Selon le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, Moulay Hafid Elalamy, cité par l’agence MAP, « cet écosystème générera un chiffre d’affaires annuel supplémentaire à l’export d’un milliard de dollars, entraînera l’implantation de 120 fournisseurs de Boeing et permettra la création de 8.700 nouveaux emplois spécialisés. Pour couvrir les besoins en formation de son écosystème, des programmes de formation dédiés spécialement conçus par Boeing seront implémentés », précise l’agence.

Un tel accord va pratiquement multiplier par deux le nombre de fournisseurs du constructeur dans le pays, et permettrait de doubler par deux la taille du secteur, toujours selon le même ministre. Surtout, on précise que cet écosystème de Boeing au Maroc, exclusivement économique, est le premier hors des Etats-Unis, qui ne soit pas orienté vers la compensation industrielle, c’est-à-dire non lié à une commande publique.

Mise en œuvre lente et complexe

Toutefois, alors que les premières implantations étaient attendues pour le 1er semestre 2017, ce contrat, signé il y a aujourd’hui plus d’un an, tarde à révéler ses premières réalisations. Si officiellement les équipes de Boeing s’activent pour la mise en place de ce projet, aucune annonce pourtant n’est faite ni aucun calendrier fixé depuis son lancement.

La mise en place d’un tel écosystème nécessitera évidement du temps, dans la mesure où il ne s’agit pas de l’implantation du constructeur lui-même, mais de ses sous-traitants, 120 avait-on annoncé. Un tel mouvement de foule, s’il se produisait, nécessitera naturellement un processus de négociation long et complexe, où les sous-traitants, aux métiers et contraintes variées, négocieront leur implantation à Tanger aux meilleurs de leur avantage, sans qu’ils soient forcément pressés de le faire. Tout un programme pour les mentors de cet accord.


 

Par Abdennabi Aboulaarab, à Casablanca

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