Interview « Ce Sommet pourrait être un tournant »

A la veille du Sommet UE-Afrique, Jean-François Valette, Ambassadeur de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, acteur clé de ce RDV majeur à la fois pour l’Afrique et l’Europe, en livre les principaux enjeux.

Abidjan accueille le prochain Sommet UE-Afrique. Une première en Afrique Subsaharienne. Pourquoi le choix de la Côte d’Ivoire ?

 

La Côte d’Ivoire est un pays d’Afrique subsaharienne. Or, effectivement, cette partie de l’Afrique n’avait jamais abrité le Sommet Union européenne-Union africaine. C’est la première raison. La deuxième raison est le rôle de leadership  que joue la Côte d’Ivoire notamment en Afrique de l’Ouest, tant dans le domaine politique que par son dynamisme économique. La troisième raison est bien sûr que les autorités ivoiriennes ont manifesté leur vif intérêt pour accueillir ce Sommet, compte-tenu de la densité des liens avec l’Union européenne.

L’événement est co-organisé par l’Union Africaine et l’Union européenne. Quel est le rôle de chacun ?

Je voudrais préciser que le troisième co-organisateur du Sommet est la Côte d’Ivoire elle-même. C’est  elle en effet qui assume la charge la plus lourde sur le plan logistique.

Les rôles respectifs sont les suivants: l’UE et l’UA définissent ensemble les thématiques du Sommet, ses grands enjeux. Le Sommet lui-même est préparé depuis un an par la tenue de plusieurs événements parallèles (on devrait plutôt dire “précurseurs”), qui ont vocation à nourrir le dialogue des chefs d’Etats lors du Sommet. Pour ne citer que ceux-là, vous avez vu par exemple qu’un Sommet de la  Jeunesse s’est tenu à Abidjan du 9 au 11 octobre. Il y aura également un Forum des Conseils économiques et sociaux les 16 et 17 novembre, un forum des collectivités locales et de la décentralisation les 27 et 28 novembre un forum des parlements de l’UE et de l’UA et un “Business Forum” le 27 novembre. Tous ces événements parallèles, qui se tiennent à Abidjan, ont pour but une large participation des acteurs politiques et sociaux, des ONG et de la société civile, et bien sûr des entreprises, à la réussite du Sommet lui-même qui sera en quelque sorte l’aboutissement de ce processus riche et complexe.

Plus largement, à quel niveau se situe la collaboration entre l’UA et l’UE ? 

La coopération est excellente, que ce soit à Addis-Abeba, ici à Abidjan, où nous travaillons en étroite coordination avec la Représentante spéciale de l’UA, ou à Bruxelles, où s’est aussi réuni le comité de direction conjoint UA-UE de préparation du Sommet. Notre but commun est que l’Afrique fasse l’objet d’une attention politique et médiatique en Europe et qu’il en soit de même, en sens inverse, pour l’Europe vis-à-vis de l’Afrique.  Les deux continents sont en effet intimement liés sur le plan humain, mais aussi stratégique et économique. Le Sommet doit être l’occasion de faire toucher du doigt cette réalité.

Selon le programme, le Sommet met le focus sur l’entreprenariat et les jeunes. C’est l’urgence ?

En effet, car les jeunes, en Afrique comme en Europe, aspirent à un avenir meilleur, mais aussi plus maîtrisé.

Pour ce qui concerne l’Afrique subsaharienne en particulier, la prééminence de la jeunesse est écrasante, puisque 70% de la population y est âgée de moins de 30 ans. C’est une opportunité, mais c’est aussi un risque, car faute d’emplois décents, cette jeunesse peut devenir source d’instabilité. Le Sommet vise à convenir ensemble de la meilleure réponse à cet enjeu central.

L’Afrique, depuis le Sommet de la Valette sur les migrations de 2015, tout en assumant ses responsabilités sur la question de l’immigration clandestine, invite en contrepartie ses partenaires européens à augmenter leur coopération avec l’Afrique. Dans ce sens ce sommet est annoncé comme une nouvelle étape dans la coopération UE-Afrique ?

En effet, pour que la jeunesse africaine trouve son avenir en Afrique, l’Europe doit appuyer les efforts des gouvernements africains dans les investissements créateurs d’emplois.

Nous pensons donc que ce Sommet pourrait être un tournant à cet égard. Notre proposition est de compléter l’offre traditionnelle de coopération, qui a montré ses limites, par un soutien direct aux investisseurs privés notamment les nationaux africains,  en facilitant le financement de leurs projets. C’est en effet le manque de ressources financières, ou le coût du risque que les banques jugent excessif, qui expliquent la difficulté  à financer ces projets, souvent très inventifs, qui sont portés par les jeunes africains.

Le projet intitulé, « Initiative FFUE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants en Côte d’Ivoire », financé par l’Union Européenne à hauteur de 2.7 millions d’euros récemment présenté à Abidjan s’inscrit dans ce cadre ? 

Le cadre de ce dernier projet est quelque peu différent: il vise à permettre le retour des migrants ivoiriens dans des conditions décentes, en organisant pour eux des formations qualifiantes. Il permettra par ailleurs à l’Etat ivoirien de se doter de données statistiques précises sur les phénomènes migratoires afin de les réguler le mieux possible.

Plus largement, comment évoluent les relations entre l’UE et l’Afrique ?

Je dirai que le dialogue est désormais beaucoup moins idéologique et beaucoup plus concret qu’il y a une vingtaine d’années. On constate en effet un accord sur les priorités et de plus en plus un accord sur les moyens concrets d’atteindre nos objectifs communs.

Les tensions entre le Maroc et la  République arabe sahraouie démocratique (RASD), soutenue par l’Algérie mais également l’Afrique du Sud ont ceci dit menacé la tenue du Sommet… 

Le problème a effectivement été réglé, par un dialogue interafricain. Il n’appartient pas à l’Europe de prendre position sur cette question qui est du seul ressort des Africains.


 

 

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