Forum de Saint Louis Quelle Afrique de demain ?

Concept inédit, et pas réellement conceptualisé, le Forum de Saint Louis se tenait pour sa première édition du 25 au 27 novembre dans l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française. Au programme, des débats, des échanges, du partage avant tout. Autour de l’idée de penser ensemble l’Afrique mais également le monde de demain.

Par Dounia Ben Mohamed, à Saint Louis

Imaginiez, recevoir chez vous, un soir d’été, dans un cadre idyllique, la si paisible ville de Saint Louis, mais également chargé d’histoire, la ville ayant été jadis la capitale de l’Afrique occidentale française, vos amis par lesquels d’anciens ministres, des philosophes, des économistes, entrepreneurs, banquiers et autres, et débattre tour à tour des questions de démocratie, partage des richesses, écologie… Du vivre ensemble. C’était l’idée, somme toute originale, du Forum «Afrique pour un monde repensé», dont la première édition s’est tenue du 25 au 27 novembre.

Exprimer une penser africaine sur l’avenir de l’Afrique et du monde

Une initiative du Sénégalais Amadou Diaw, fondateur de la première Business School en Afrique de l’Ouest francophone, l’Institut Supérieur de Management (ISM) qui dans la lignée des Ateliers de la pensée de Dakar, invite les acteurs du continent de tout profil à « exprimer une pensée africaine » non seulement sur les questions qui concernent le continent mais plus largement le monde. « Le monde, assurément, est devenu complexe. Comment ne pas s’inscrire dans une telle perspective, consistant à dénouer la complexité du monde, sur la base toutefois d’une réflexion collaborative et innovante ? interrogeait ce dernier dans une tribune publiée sur ANA (http://www.africanewsagency.fr/forum-de-saint-louis-un-rendez-vous-du-donner-et-du-recevoir). La réponse se veut véritablement, africaine. Mais comment y parvenir ? Au delà de l’obligation d’indignation, il nous faut passer aux Actes. Fédérer toutes les idées novatrices, toutes les bonnes pratiques, toutes les innovations salutaires, tous les projets innovateurs (…) Saint-Louis du Sénégal, ville à la fois chargée d’histoire, et détentrice d’un patrimoine culturel et immatériel unique s’offre à nous. Ville-laboratoire, espace tout entier dédié aux innovations, à la créativité et au métissage. Saint-Louis, Rendez-vous du Donner et du Recevoir ? Ville dans laquelle est née Gaston Berger, le père de la prospective, était certainement prédisposée à jouer un tel rôle dans cet exercice consistant à tracer un Futur pour le monde en général et l’Afrique en particulier. Le Forum de Saint-Louis. Folle ambition, pourrait-on croire, mais le plus grand arbre n’est-il pas né d’une graine menue ? »

« Nous avons de plus en plus une culture en partage, avec des KFC partout, des chanteurs et des footballeurs que nous partageons, une mode commune, comme ces pantalons à trous que portent nos fils… Ce village planétaire existe. Mais en même temps, l’actualité nous rappelle que nous sommes loin d’être un village planétaire, avec cette Méditerranée devenue un cimetière, ces guerres de relions, des hommes vendus en esclavage… »

« Regarde moi. J’ai plein de rêves à planter. Quelle avenir m’offres-tu ? Quelle Afrique et surtout quelle humanité. J’ai besoin de toi pour grandir ». Cette interpellation, portée par

des enfants, à l’ouverture du forum, sonne comme un message lancée par la jeunesse africaine à ses élites réunies, en partie, par Amadou, pour « répondre, rassurer, redonner espoir ». Et elles se prêteront volontiers à l’exercice, dans une ambiance peu formel, il est sans doute là le concept, autour d’ateliers sur le vivre-ensemble, l’école de demain, la finance humaine, …

« Vivre-ensemble, introduira Zyad Limam directeur d’Afrique Magazine, c’est à mi-chemin entre la réalité et le rêve. Vivre ensemble dans sa maison, son village, son continent. Pour l’Afrique, c’est trouver sa place dans le monde. » Un village dit planétaire où le vivre ensemble devrait être plus simple ainsi que le soulignera l’ancien ministre Amadou Kane, « où nous avons de plus en plus une culture en partage, avec des KFC partout, des chanteurs et des footballeurs que nous partageons, une mode commune, comme ces pantalons à trous que portent nos fils… Ce village planétaire existe. Mais en même temps, l’actualité nous rappelle que nous sommes loin d’être un village planétaire, avec cette Méditerranée devenue un cimetière, ces guerres de relions, des hommes vendus en esclavage… » Un vivre ensemble poursuivra-t-il qui « requiert avant tout, la tolérance et l’ouverture vis-à-vis de l’autre et un apprentissage dès le plus jeune âge, des valeurs du vivre-ensemble. » Avant d’ajouter « La forme la plus pérenne de partage des richesse, c’est le plein emploi ». Il conclura sur l’impératif du vivre-ensemble, autrement « nous sommes condamnées à mourir tous ensemble, comme des idiots ».

« Quand on regarde des villes comme Dubaï, ou Singapour où l’on peut se promener en voile comme en short, on se sent plus libres, qu’ailleurs. »

Autre ancien ministre, l’Ivoirien et entrepreneur Jean-Louis Billon, posera la question du partage des richesses. « Si des parties du monde s’accapare toutes les richesses, il sera difficile de vivre ensemble. » Avant d’observer que des parties de ce monde, où la démocratie est pourtant bien ancrée, semble moins tolérante à l’autre. « Je ne sais pas si quand on pense démocratie, on pense liberté de penser. Quand on regarde des villes comme Dubaï, ou Singapour où l’on peut se promener en voile comme en short, on se sent plus libres, qu’ailleurs. »

Pour Mansour Kama, banquier de métier et président de la la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), vivre-ensemble relève de l’utopie, que les philosophes définissent par ce qui est désirable mais parfaitement faisable. » A ce titre, alertera-t-il, il faut faire attention « aux éléments de langage ». Et d’exprimer ainsi son point de vue : « On est très vite pris dans un espèce d’engrenage qui ne règle pas la question. En tant que banquier j’investi en me posant la question du retour sur investissement, mais je ne suis pas sûr de redistribuer la richesse acquise, en dehors de ma famille, de mon environnement. Nous créons de la richesse mais je doute que nous sachions la partager. » Or, souligne-t-il, « la générosité ce n’est pas la distribution de richesse, c’est insuffler cette capacité à pouvoir travailler, créer de la richesse pour soi et les autres. »

Pour un nouveau contrat social

L’économiste sénégalais, compositeur à ses heures mais également écrivain, auteur entre autre d’Afrotopia_ un livre confiera Amadou Diaw qui aura fait germer l’idée de ce forum

avec la nécessité d’exprimer une pensée africaine_, Felwine Sarr, résumera, dans le panel suivant également consacré à la thématique, « repenser le vivre ensemble », le débat avec cet analyse. « Il ne me semble pas exagéré de dire que nous avons évolué en technologie mais pas en qualité relationnelle. Etre humain c’est être connecté à un groupe, partager une langue, une culture… Nous avons abimé ces qualités relationnelles. La démocratie, c’et la participation du plus grand nombre à la réflexion, à l’intelligence, à un contrat social. La crise que nous vivons aujourd’hui, dans la forme de cette démocratie que nous avons dupliqué dans le monde entier, une erreur, devenue source de conflits confirme qu’on ne peut pas reproduire ce concept comme du prêt à porter. C’est peut être là le défi, une démocratie substantiel et non du mimétisme. Autour de quel contrat social on reforme les sociétés ? On doit le créer, cela mettra du temps mais c’est à cela que nous devons travailler. »

Et c’est précisément à ce nouveau contrat social que réfléchirons près de 500 hommes et femmes, de tous âges, toutes origines, tous milieux, le temps de ce week-end « hors du temps et du monde » à Saint Louis. Partageant des idées, créant de nouvelles connexions, et semant ainsi les graines du monde de demain.


 Par Dounia Ben Mohamed, à Saint Louis

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