• Tunisie : Ces agricultrices qui maintiennent le navire à flot
  • Tunisie : Ces agricultrices qui maintiennent le navire à flot

Tunisie : Ces agricultrices qui maintiennent le navire à flot

A l’occasion de la 13ème édition du Salon international de l’agriculture (Siamap 2017), les agricultrices tunisiennes ont démontré leur contribution, majeure, à la résilience économique de leur pays.

Par Mohamed Abdellaoui

Massivement présente lors de ce rendez-vous bi-annuel organisé du 31 octobre au 5 novembre, par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche, ces femmes d’exception meublent les différents pavillons du parc des expositions du Kram, dans la banlieue nord de Tunis. Cette foire qui s’étale sur une superficie de 2100 m2 et à laquelle participent 530 exposants issus de 36 pays, majoritairement africains, accorde, cette année, une attention particulière aux femmes agricultrices tunisiennes et africaines. Un hommage à ces valeureuses filles de la nation qui ont tant fait pour l’économie d’un pays fragilisé par la révolution du 14 janvier (2011).

Labeur et persévérance, mots d’ordre de la réussite

Paysanne, planteuse, arboricultrice, horticultrice, éleveuse, apicultrice et dans une moindre mesure phytothérapeute et savante, la femme tunisienne est omniprésente. Rencontrées dans différents halls et pavillons de la foire, certaines de ces femmes avouent avoir appris à voler de leurs propres ailes, au prix de tant de labeur et sacrifices. « Passionnée par les produits naturels, j’ai eu l’idée de créer une unité de conditionnement d’huile d’olive. Mon oliveraie est sise à Zaghouan, une ville du nord tunisien, alors que mon projet se situe dans la campagne de Mornag, ville rattachée au gouvernorat de Ben Arous, témoigne Dorsaf Kastalli, exposante. Je me suis convertie en cultivatrice d’olives pour ensuite pratiquer le conditionnement artisanal, après une carrière de près de 15 ans dans le travail administratif, routinier et stressant… »

Fière de son retour aux sources, après des années dans le brouhaha de la ville et les incommodités de la vie urbaine, Dorsaf avoue qu’elle savoure mieux aujourd’hui son mode de vie. Elle vit en toute symbiose avec la terre et les arbres. « Mon projet n’en est qu’à ses débuts, avec trois ans d’existence et un coût initial de 15 mille dinars (près de 6000 USD). Mais, j’en suis fière. Mes trois employées et moi-même, sommes déterminées à aller de l’avant. Nous sommes sur la bonne voie », se félicite-t-elle.

Pas loin de Dorsaf, Fatma Gouayed, issue de la petite localité de Oued Sbayhia, à 17 km de Zaghouan (Nord), invite les visiteurs à jeter un coup d’œil sur ses produits-bio, présentés sur son stand. Persévérante et laborieuse, cette femme, tatouée, dit gérer une coopérative de 45 femmes, issues de la même région qu’elle. «  Certaines de nos femmes cultivent les céréales, d’autres s’occupent de la confection des provisions, alors que le reste des membres de la coopérative concentrent leurs efforts sur l’extraction des huiles essentielles. Lesquelles huiles essentielles sont extraites des plantes présentes dans la région, comme l’Eucalyptus, le thym, le romarin, les fleurs d’oranger, le citronnier, le bigaradier, etc. »

« Il a fallu batailler pour se faire une place dans un monde impitoyable »

Laquelle ne minimise pas les difficultés rencontrées au démarrage de l’activité. « Il a fallu batailler pour se faire une place dans un monde impitoyable. On a commencé en 2012 avec un capital de 2000 dinars (près de 800 USD), aujourd’hui nous sommes à 10000 dinars (près de 4000 USD). Notre projet a, ensuite, été agrandi grâce à un financement associatif. Nous n’avons qu’à persévérer pour notre survie».

La région et sa spécificité

Récits et tranches de vie se diversifient et se complètent d’un pavillon à l’autre de la foire. Dans le Hall 5, Hanen Ayachi allie dextérité transmise de mère en fille et haute formation académique. Doctorante en chimie analytique (partie de la chimie qui concerne l’analyse des produits), Hanen a profité d’un héritage familial de huit hectares pour cultiver la figue de barbarie, avant de lancer une unité d’extraction d’huile essentielle de figue de barbarie, dans la région de Hafouz, délégation relevant du gouvernorat de Kairouan, dans le centre du pays.

«  La figue de barbarie est massivement présente dans la région. Réalisant que les vertus de cette plante sont nombreuses et précieuses, j’ai décidé de capitaliser sur ma formation académique et mon héritage familial pour investir dans un secteur, à l’époque, délaissé. Avec le concours de la Banque tunisienne de solidarité (BTS), j’ai pu mettre en place, en 2013, une usine d’extraction d’un coût initial de 50 mille dinars (près de 20 mille USD) », relate la jeune diplômée. Son projet est un motif de fierté pour ses proches et connaissances, en ce qu’il a contribué à une certaine dynamique économique dans la région : « J’emploie 10 femmes de manière permanente, sans compter celles embauchées pendant la saison allant de juillet jusqu’à la fin de l’année ». Après une bonne introduction sur le marché local, elle exporte aujourd’hui ses produits certifiés vers l’Allemagne et le Canada et vise d’autres marchés internationaux. « Je compte augmenter mon capital jusqu’à 100 mille dinars (près de 40 mille USD), un impératif pour jouer dans la cour des grands ».

L’économie solidaire pour mieux assister ces femmes braves

Soucieuse de mieux encadrer ses femmes, maillon fort d’une chaîne économique fragilisée au lendemain du soulèvement populaire d’il y a 6 ans, le pays du jasmin se veut désormais tournée vers l’économie solidaire et sociale. Ce nouveau mécanisme de développement présent dans le plan quinquennal (2016/2020), outre l’économie verte et l’économie numérique, aidera le pays à réaliser ses objectifs de développement, tel que l’a certifié le chef du gouvernement Youssef Chahed, le 27 octobre dernier, à l’ouverture à Tunis du forum sur le thème « Femme agricultrice et économie sociale et solidaire: dispositifs d’intégration et de promotion ». Il a, à cette occasion, souligné que l’économie solidaire et sociale permet de relever les défis importants du pays, en matière de lutte contre la pauvreté et le chômage, la facilitation de l’intégration économique et sociale des habitants des zones rurales et le désenclavement des zones reculées. Le Ministre a, par la même occasion, affirmé que les conditions complexes dans lesquelles exercent les agricultrices nécessitent l’adoption d’une nouvelle orientation, garantissant des perspectives pour le développement et la modernisation du secteur agricole en Tunisie et en Afrique. Une modernisation qui nécessite, infailliblement, plus d’encadrement et de soutien.

De par sa contribution à hauteur de 8,5% au PIB, le secteur agricole en Tunisie participe à raison de 18% à l’emploi. Ce secteur embauche, en effet, 611.000 personnes dont 39% de femmes, selon les données du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.


 

Par Mohamed Abdellaoui

Vous pourriez aussi aimer

Actualité

Transformons le Mali – un accélérateur du développement

Après Invest in Mali organisé en 2017, c’est dorénavant Transformons le Mali qui souhaite reprendre le flambeau. L’objectif : montrer le potentiel du Mali en impulsant une dynamique nouvelle dans le

Actualité

Liberia :«Mister George » alias « Monsieur business »

Avec 61,5% des suffrages remportés, George Weah succédera à Ellen Johnson Sirleaf. Et les dossiers économiques occuperont une large place dans son agenda. Rudy Casbi

Actualité

Mali : 36 milliards de la BAD pour la sécurité alimentaire

La Banque Africaine de Développement a accordé un financement de 36 milliards de CFA pour l’essor de l’économie malienne, par le biais de l’agro-alimentaire, pour deux projets.