• France-Tunisie Vers une nouvelle alliance ?
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France-Tunisie Vers une nouvelle alliance ?

Pour se repositionner en Afrique, la France a choisi la Tunisie comme allié stratégique, suscitant plusieurs interrogations sur cette nouvelle coopération triangulaire, par le biais de laquelle les deux pays mettraient en commun leur compétence pour aller à la conquête de l’Afrique. C’est du moins, ce que les deux partenaires ont laissé entendre lors de la deuxième édition des « Rencontres Africa », tenue début octobre, quasi-simultanément, à Tunis, Abidjan et Nairobi. 

Par Yassine Bah, à Tunis

Quel serait, donc l’intérêt et de l’utilité de ce partenariat  pour la France? Quelle serait l’opportunité pour les acteurs tunisiens, qui ne se sont rendu compte de la nécessité de travailler avec l’Afrique que récemment, après un cumul de déceptions causées par la coopération avec le Nord ? Enfin, mise à part la question du poids économique et diplomatique  de chacun des deux pays partenaires, comment des concurrents français et tunisiens pourraient travailler ensemble dans cette aventure africaine ?

Certes, la France a relativement accusé beaucoup de retard, concurrencé sur son propre pré-carré africaine. Elle a été devancée par la Chine, que ce soit en termes d’échanges ou en termes d’investissements. Elle a été également devancée par la Turquie et autres pays émergents, qui se sont rendu compte plus tôt, que l’avenir de l’économie mondiale dépendra dans une large mesure de l’Afrique. Sans oublier les Marocains, officiellement solides alliés, mais aujourd’hui redoutables concurrents, le Royaume étant désormais le premier investisseur en Afrique francophone.

Selon certains experts, la France n’est pas encore perdue la partie africaine

Mais, de l’avis de plusieurs experts, rien n’est encore joué pour la France. D’après les chiffres communiqués lors des « Rencontres Africa », le continent abritera d’ici 2050 le quart de la population mondiale. Le taux de croissance moyen des pays africains avoisine les 5%, avec des pics pour certains pays allant jusqu’à 8% et plus. Ce qui fait du continent africain un marché potentiel d’envergure. Autrement, le potentiel démographique peut se transformer en défi migratoire, déjà une sérieuse source de préoccupation pour les Européens, la France y compris. C’est dans ce sens que le développement de l’Afrique renferme des dimensions stratégiques et sécuritaires pour la France. Edouard Philippe, n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner à l’ouverture des de la manifestation, le 5 octobre à Tunis : « Tout en servant vos intérêts personnels, vous servez la paix et la prospérité et vous rendez un très grand service à la Tunisie, à la France, à l’Afrique et au monde », a-t-il noté, s’adressant à une salle archicomble d’investisseurs et d’hommes d’affaires, au moins 650 selon les estimations de Classe export, organisateur de la rencontre.

Pourquoi la Tunisie ?

Les raisons évoquées, quant au choix de la Tunisie en tant que partenaire stratégique, sont multiples. Outre les défis économiques, sociaux et sécuritaires, partagés par les pays de la région. La Tunisie est d’abord un pays à aider, pour surmonter la crise aigüe, dans laquelle elle est plongé depuis le soulèvement du 14 janvier 2011. Elle risque, sinon, de s’enliser dans le chaos et constituer, par voie de conséquence, une réelle menace à deux heures de vol de la France. Par ailleurs , la France perçoit la Tunisie comme étant une démocratie en voie d’affirmation qui sort du lot, mais aussi comme pays ayant développé une expertise, dans plusieurs domaines, à l’instar de l’industrie des composantes automobiles et aéronautiques, de l’agroalimentaire, du textile, du tourisme, etc. Ceci, sans compter la forte présence française en Tunisie, comme étant le premier investisseur avec plus de 1300 entreprises à participation française, le premier partenaire commercial, avec plus de 70% des échanges et le premier marché touristique, avec plus d’un million de touristes français par an.

Pour la Tunisie, les intérêts diffèrent

Consciente du potentiel africain en matière d’investissement et des échanges, les autorités tunisiennes ont initié une nouvelle stratégie depuis l’arrivée de Youssef Chahed à la tête du gouvernement en août 2016. Cette stratégie repose principalement sur l’exportation du savoir-faire tunisien dans plusieurs domaines, dont notamment, la santé, l’éducation, l’agro-industrie, les composantes automobiles et les services, principalement les Tics.

Au niveau du secteur privé, les opérateurs tunisiens n’ont pas attendu cet éveil pour s’implanter en Afrique. Beaucoup d’entreprises tunisiennes, opérant dans les domaines des travaux publics, de l’imprimerie, de l’agroalimentaire, etc., sont déjà en position dans plusieurs pays africain. Toutefois, cet élan fait face à une double contrainte, ne permettant pas une expansion rapide. D’un côté, le marché africain, bien que doté de richesses naturelles et minières considérables, il demeure encore un marché protégé. Des obstacles de tout genre sont à surmonter pour y accéder. D’un autre côté, les investissements tunisiens à l’étranger ne sont pas encore libéralisés. Et tout transfert de fonds doit d’abord être agréé par la Banque centrale de Tunisie. Or, la Tunisie accuse actuellement une grande pression sur les réserves en devises étrangères et la vanne a plutôt tendance à être serrée davantage.

« La Tunisie n’a pas encore de stratégie d’investissement à l’étranger… »

En d’autres termes, la Tunisie n’a pas d’argent à investir ni en Afrique ni ailleurs, dans les circonstances actuelles, ce qui constitue un frein non négligeable à l’essor économique du pays. Ainsi que le confirmera Hichem Elloumi, vice-président du patronat tunisien, « la Tunisie n’a pas encore de stratégie d’investissement à l’étranger… » Et c’est précisément dans cette perspective, que le partenariat avec la France, pourrait constituer une bonne issue pour les entreprises mixtes, ou relevant du régime off-shore.

Et la France a bien annoncé la couleur, à travers l’Agence française de développement qui envisage d’investir  9 milliards d’euros par an en Afrique. Les opérateurs privés de leur part ne manqueraient pas de suivre, une fois le chemin balisé. Et tout compte fait, le mécanisme a l’air de fonctionner !


 

Par Yassine Bah, à Tunis

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