• Côte d’Ivoire- Des écoles professionnelles, une alternative pour les jeunes diplômés

Côte d’Ivoire- Des écoles professionnelles, une alternative pour les jeunes diplômés

Le gouvernement peine mais n’entend pas céder sur la problématique de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés sortis des écoles d’enseignement général et professionnel. L’adéquation entre le système de formation et le milieu professionnel, reste l’équation à résoudre. La question fait l’objet d’intenses réflexions dans les milieux universitaires.

Le 4 septembre dernier, jour de rentrée des classes en Côte d’ivoire, 18 883 candidats dont 12332 garçons faisaient leur entrée dans les établissements d’enseignement technique et professionnel. Tous, sont issus de l’enseignement général qui ne leur offre pas toujours une insertion professionnelle à terme. C’est le défi qui incombe au ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Emploi des Jeunes et du Service civique, Sidi Tiémoko Touré, lequel mène une offensive à l’endroit des entreprises pour l’aide à l’embauche des diplômés, un véritable casse-tête ivoirien !

Changer le système

La question fait, depuis plusieurs années déjà, l’objet de réflexion dans les milieux universitaires. À chaque fois, le constat est le même : il faut changer le système scolaire. André Silver Konan, analyste politique préconise de privilégier «  la formation par compétence plutôt que de maintenir le modèle de l’enseignement général. » Et de développer ainsi : « J’ai eu un ami brillant, mais uniquement qu’en mathématiques. Il a été renvoyé du collège parce qu’il ne pouvait pas écrire une phrase correcte en anglais et était médiocre en français. Ce grand mathématicien en perspective se retrouve aujourd’hui à chasser des oiseaux dans un champ de riz, au village. Ce modèle ne peut et ne doit plus prospérer ! »

Enseignant et ancien directeur de l’INFS (Institut national de formation sociale), Mamadou Traoré estime à son tour que l’école uniforme pour fils de riches et enfants de pauvres serait «  un acte noble mais irréalisable. » Il préconise « des politiques hardies d’école gratuite. »

La décentralisation et la gestion par les collectivités

Le microbiologiste Roméo Dou Tchékoua Yao, spécialiste en projets agricoles ruraux, est sorti de l’Institut d’agronomie méditerranéenne de Montpellier (IAMM-France). « Je crois que la solution est politique » fait-il savoir sur la question de l’école de demain en Afrique. « C’est la décentralisation de l’éducation nationale. Si l’on permet au maire d’une commune de gérer toutes les écoles de sa commune et de faire son recrutement, il n’y aura pas de discrimination dans les écoles. Et aucune école ne serait délabrée ».

L’enseignement professionnel, le sésame

6159 diplômés sont sortis de l’Institut privé d’agriculture tropicale (Inprat), créé depuis 1997 à Adzopé. Selon la direction de l’INPRAT, « 70% des diplômés sont embauchés par les multinationales et entreprises agricoles nationales, 25% à leur compte et 5% vers d’autres orientations. » ce qui confirme l’analyse de Mamadou Traoré : « L’enseignement professionnel pourrait être d’une grande utilité s’il est placé au rang des priorités nationales. Malheureusement, ce n’est pas ce qui intéresse nos gouvernements africains ». L’ancien fonctionnaire du Trésor Public ivoirien, passé au privé, Lazare N’dri, estime qu’il y a « inadéquation entre la formation et l’emploi » et préconise «  de répertorier tous les secteurs porteurs pour aboutir à la mise en place de formations adéquates, orienter les formations dans le sens de l’auto-emploi , favoriser la création des start-ups et créer un environnement profitable pour l’essor du secteur privé en général. »


Par Issiaka N’GUESSAN, à Abidjan

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