• Tunisie : Remaniement, un tour de vis politique

Tunisie : Remaniement, un tour de vis politique

Le Premier ministre Youssef Chahed a annoncé le 6 septembre la composition de sa nouvelle équipe gouvernementale. Un remaniement était attendu pour pourvoir deux postes vacants : les Finances et l’Education nationale, mais les nouvelles nominations, notamment à l’Intérieur et à la Défense nationale, marquent également une nouvelle orientation politique.

Par Thierry Brésillon

 

Deux ministères restaient à pourvoir dans le gouvernement de Youssef Chahed  Les Finances et l’Education nationale. Pour le premier depuis la démission de Lamia Zribi, le 1er mai dernier après avoir déclaré que la Banque centrale n’avait plus les moyens de défendre la parité du dinar, et entraîner ainsi l’accélération de la dévaluation de la devise nationale (cotée actuellement à 1 euro pour 2,90 dinars). Elle est remplacée par Ridha Chalghoum, qui retrouve le poste qu’il occupait dans le dernier gouvernement de Zine el Abeddine Ben Ali, en 2010. Néji Jalloul, Ministre de l’Education, avait été lui aussi poussé vers la sortie le 1er mai, après la détérioration de ses relations avec les syndicats enseignants. Il est remplacé par Hatan Ben Salem, dernier Ministre de l’Education de l’ancien président Ben Ali (de 2008 à 2010).

 

Sortie de Fadhel Abdelkefi

 

Et finalement, l’annonce le 6 septembre de la nouvelle composition du gouvernement, même si attendu, a révélé un certain nombre de surprises. Contre toute attente, le Ministre de l’Intérieur, Hedi Madjoub, dont les résultats n’étaient pas contestés, est remplacé par Lotfi Brahem, jusqu’alors commandant en chef de la Garde nationale. Le Ministre de la Défense nationale, Fahrat Horchani, connaît le même sort, remplacé par Abdelkrim Zbidi, qui a occupé plusieurs fonctions gouvernementales (santé et recherche scientifique) au début des années 2000, avant d’occuper le poste de Ministre de la Défense de janvier 2011 à mars 2013.  Autre changement notable, le Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Fadhel Abdelkefi, organisateur de la rencontre des investisseurs Tunisia 2020 en novembre 2016, fragilisé par une condamnation dans un contentieux avec les Douanes, est remplacé par Zied Laadhari, jusqu’alors Ministre de l’Industrie et du commerce. Une promotion pour se représentant du mouvement islamiste Ennahdha, représenté par deux autres membres au sein du cabinet (Imed Hammami, ministre de l’Industrie et des PME, et Anouar Maarouf, Ministre des Technologies de l’information et de l’Economie numérique).

 

Un remaniement de « dernière chance » pour sortir le pays de la crise

 

Dans un entretien publié le même jour dans le quotidien Essahfa, le Chef de l’Etat a qualifié ce remaniement de « dernière chance » pour sortir le pays de la crise et notamment d’une situation économique « difficile » et estimé que la mésentente entre partis politiques était « hors de contrôle » et « menace la stabilité du pays ».  Le Chef de l’Etat a également durci le ton à l’égard d’Ennahdha : « Nous avons essayé d’entraîner Ennahdha vers une vision plus civile de la Tunisie, mais nous nous sommes visiblement trompés dans notre jugement ».

 

Retour de plusieurs figures de l’ancien régime

 

Un moment sur la sellette, le Premier ministre Youssef Chahed, quadragénaire, présenté lors de sa nomination en août 2016, comme la manifestation du renouveau politique, est maintenu à son poste, mais il a dû intégrer dans son équipe plusieurs figures de l’ancien régime.

Alors que les élections locales doivent théoriquement se tenir en décembre prochain, ces inflexions politiques peuvent se lire comme une volonté de reprise en main en raison de la difficulté du gouvernement à contrôler la situation sociale, mais aussi de la probabilité de voir le parti islamiste obtenir de bons résultats électoraux alors que le parti du Chef de l’Etat, Nidaa Tounes, ne parvient pas à juguler ses divisions internes.


 

 

Légende photo : Youssef Chahed, à gauche, lors de sa nomination à la tête du gouvernement par e président Béji Caïd Essebsi, à droite. Crédit photo : DR.

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