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Kenya : La révolution Ntic au féminin

Si le Kenya est terre d’innovation en matière de nouvelles technologies, les femmes sont loin d’être à l’arrière-poste. De plus en plus nombreuses à saisir les opportunités que leur offre le secteur, elles participent pleinement à la révolution 3.0. Reportage à Nairobi.

 

Par Dounia Ben Mohamed

 

A quelques dizaines de minutes en bus local, un peu plus selon le trafic souvent encombré à Nairobi, sur Ngong Rd, le Bishop Magua, un centre d’affaires. C’est là qu’est installé iHub, la Mecque de l’innovation technologique made in Kenya. Créé en mars 2010, iHub, temple des startups et autres sociétés en pointe dans les Ntic, se veut être un catalyseur de la communauté technologique kényane, accueillant entre autres iHub Research, M Lab Consulting, UX Lab… Un établissement désormais bien connu des amateurs dans le pays et bien au-delà. En septembre dernier, il recevait Marc Zuckerberg pour une visite surprise dans ce site qui témoigne de la vitalité du pays en matière de nouvelles technologies.

Pour preuve, Nairobi accueillait les 2 et 3 février dernier un forum inédit, NexTech Africa. Et si le choix s’est porté sur Nairobi pour cette première, c’est loin d’être un hasard. Encore moins si les leaders mondiaux, dont Microsoft mais également Google, Facebook, Samsung, IBM et autres, se sont implantés au Kenya. Parce que le pays des safaris connaît aujourd’hui une autre source d’attractivité, les nouvelles technologies qui sont en plein essor… Avec, pour vitrine de cette ambition, Konza Technology City (KTC), rebaptisée « Silicon Savannah », destinée à confirmer le positionnement du pays comme hub numérique du continent. Et à iHub, on n’a pas attendu l’Etat et KTC pour se lancer dans l’ère du 3.0.

« Les choses n’avancent pas assez vite dans le pays, le continent… Mais avec les Ntic, c’est le contraire, tout va si vite ! »

Au premier étage du building, agréablement installé en terrasse, le Pete’s Coffee, est le refuge des geekers d’iHub quand ils s’échappent deux minutes de leur écran. C’est là que nous rencontrons Sheilah Birgen.  A moins de 30 ans, comme la moyenne d’âge des résidents d’iHub, elle est le CEO de M Lab East Africa, un incubateur d’entreprises. « Nous n’avons pas besoin d’attendre Konza, car iHub offre déjà cet écosystème, c’est déjà la vitrine du potentiel kényan en matière de Ntic ! assure Sheilah. M-Pesa a créé un élan : les jeunes veulent créer des produits équivalents. Par exemple, Uber vient à peine d’arriver qu’on a déjà une application concurrente. Et c’est pour cela que j’ai choisi de travailler dans ce secteur, comme pour nombre de jeunes, je suis sure que c’est l’industrie la plus florissante. Et comme souvent chez les jeunes, je trouve que – dans un pays où le chômage touche 40 % de la population active, dont les jeunes en premier lieu (70 %) – le secteur offre une véritable alternative. Et M Lab, une voie d’accès.

Dans leur réseau, ce sont les entrepreneurs en herbe du Kenya, et plus largement d’Afrique de l’Est, que la structure met en connexion avec des investisseurs et des acteurs gouvernementaux. Une aventure qui a démarré en 2011, avec au départ une activité qui se limitée à créer des applications pour téléphones sans fil. Très vite, alors que les Ntic explosent dans le pays, la structure évolue. « M Lab a été créée avec trois fonctions : l’incubation, l’entrepreneurship, et tester les applications mobiles. Toutes les trois limitées aux mobiles. Il fallait élargir, indique Sheilah qui en a pris la présidence en 2014. Aujourd’hui, le digital entrepreneurship concerne tous ceux qui veulent utiliser les Ntic avec parfois juste le besoin de se former sur un produit. Nous avons donc arrêté de tester les applications, parce qu’ici au Kenya, si la connexion est très bonne et les Smartphone pas chers, la mémoire reste insuffisante pour télécharger de nombreuses applications. Aujourd’hui, on se consacre sur l’incubateur. » Car c’est là que se situe les besoins. « Même si toutes les startups ne vont pas durer, l’usage des nouvelles technologies va leur permettre d’accéder à d’autres emplois, comme consultant par exemple. Toutes les sociétés aujourd’hui font appel aux nouvelles technologies. C’est pourquoi nous encourageons les jeunes à s’y former. » M Lab, qui propose plusieurs programmes de formation aux Ntic, a ainsi formé 500 entrepreneurs entre 2011 et 2014. Et sur 32 entreprises incubées, 80 % existent encore !

Women in Tech in Africa, le RDV des geekeuses du continent

Aussi, si les jeunes constituent la majeure partie des incubés, les femmes sont de plus en plus nombreuses à saisir les opportunités que leur offre le secteur. Akirachix, un autre incubateur, également basé chez iHub, s’adresse précisément à elles. « Nous recevons différents types de profil, des femmes tout juste diplômées qui veulent évoluer dans le secteur des Ntic ou d’autres, déjà en poste, et qui veulent se former ou se perfectionner, explique Marie Githinji, cofondatrice d’Akirachix. Elles ne vont pas toutes devenir programmeur, mais il s’agit de les convaincre que les nouvelles technologies leur offrent de nouvelles possibilités. Sur 22 femmes formées, 75 % ont trouvé un emploi ou créé une activité. » Et pour donner plus d’écho à leur initiative, Akirachix organise chaque année une conférence annuelle, « Women in Tech in Africa ». L’idée, exposée sur leur site, ne manque pas d’ambitions : « Créer les leaders féminins  d’aujourd’hui et les modèles de rôle pour les femmes de demain ; montrer au monde ce qu’une femme africaine forte est capable d’atteindre ; soutenir la croissance africaine grâce à la technologie. » Rien que cela. Avec des membres présentes dans plus d’une trentaine de pays, représentées également à Londres, la prochaine édition de « Women in Tech Africa » se tiendra en novembre. L’occasion de réunir les geekeuses du continent… et bien au-delà !

Haweya Mohamed, cofondatrice d’Afrobytes, les mets également à l’honneur lors de son RDV annuel, en juin à Paris, de manière plus pérenne à travers sa plateforme. Et de citer les exemples de Tayo Akinyemi, consultante pour le groupe Infodev World Bank, auparavant à la tête d’AfriLabs qui a établi 40 centres de technologie dans une vingtaine de pays ; Maya Horgan Famodu Nigéro-américaine, fondatrice de l’entreprise Ingressive qui guide des capitaux mondiaux et entrepreneurs africains à travers une base de données de plus de 2000 membres ; Ashley créatrice de Ongeza Fund, entreprise technologique et financière ; Lucy Mbazazi, Rwandaise, manager de Visa Sub-Saharan Africa … » Elles seront parmi tant d’autres à Paris les 8 et 9 juin prochains pour la seconde édition d’Afrobytes.


 

Auteur : Dounia Ben Mohamed // Photo : Women in Tech in Africa © Women in Tech in Africa

 

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