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WorldRemit : le WhatsApp du transfert d’argent

Quand Ismail Ahmed était étudiant à Londres, il envoyait de l’argent à sa famille restée en Somalie. Il subit alors les coûts du transfert d’argent. Il fonde ainsi en 2010, avec Catherine Wines, WorldRemit – un service en ligne qui permet d’envoyer de l’argent à ses proches à l’étranger depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette. Plus pratique et moins cher, il est devenu en sept ans le leader dans son segment de marché, avec une présence dans 50 pays, des transferts vers plus de 140 destinations, et 41 millions de livres de chiffre d’affaires en 2016. Interview de Catherine Wines, directrice exécutive du groupe. 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

 

En sept ans, WorldRemit est devenu leader mondial du transfert d’argent en ligne. Une ascension extrêmement rapide dans un secteur pourtant déjà occupé par de grands groupes mondiaux… 

WorldRemit est une société de transfert d’argent en ligne créée en 2010. Au départ de cette histoire : Ismail Ahmed, le cofondateur avec moi-même. Pendant qu’il était étudiant à Londres, il envoyait de l’argent à sa famille, en Somalie. C’est là qu’il a réfléchi à un moyen de fournir un service plus simple et moins cher. C’est ainsi qu’est né WorldRemit. Avec, au début, un système assez classique : de l’envoi d’argent que l’on peut récupérer en espèces. Mais très vite, on s’est rendu compte de l’émergence et du potentiel du mobile money en Afrique, au Kenya notamment, mais également ailleurs. Aujourd’hui, on assure l’envoi d’argent depuis plus de 50 pays vers plus de 140 destinations, essentiellement en Afrique, mais aussi en Asie et bientôt en Amérique du Sud. Ce qui représente plus d’un billion de dollars d’envoi et on progresse tous les mois. C’est ainsi qu’on est devenu leader dans le développement du mobile money. Du point de vue des transferts de fonds  vers les mobiles, du Nord vers l’Afrique, nous sommes aussi le leader mondial, avec 350 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 41 millions de livres en 2016. L’année précédente nous étions à 26 millions. Nous avons presque doublé en un an grâce au réseau et aux partenariats que nous avons mis en place. Mais ce qui est le plus important pour nous, ce que nous aidons à l’inclusion financière en Afrique. Parce que nous permettons à de nombreuses personnes, qui ne disposent pas de comptes en banque, de gérer leurs fonds, de faire des opérations financières, de l’épargne, et même de créer de petites affaires.

Comment vous êtes-vous démarqués de vos concurrents, présents sur le marché depuis plus longtemps ?

En rendant les virements plus faciles et réalisables dans l’immédiat. On réduit ainsi les coûts du fait que l’on n’a plus besoin de se déplacer en bus ou autre pour récupérer son argent. On le reçoit à l’instant sur son portable et on peut l’utiliser immédiatement pour régler des factures ou effectuer un retrait si on a besoin de cash.  Western Union et Money Gram, pour ne pas les citer, sont plus anciens donc disposent d’un réseau plus avancé, mais pour les sociétés en lignes nous sommes en tête. La difficulté dans notre industrie c’est que les choses ne se font pas si vite que cela. Obtenir une licence dans un pays peut prendre deux ans, il faut ensuite négocier les partenariats, faire les intégrations… Dans certains pays, nous mettons en place des bureaux locaux mais la plupart du temps on fonctionne avec les partenaires.

Vous avez fait le choix de nouer des partenariats avec des opérateurs téléphoniques. Sur le long terme, cela ne risque pas de devenir un frein ? 

Non, bien au contraire. Les opérateurs téléphoniques disposent d’un réseau sur lequel on se greffe. Il faut savoir que pour tout ce qui est virement d’argent, une activité très règlementée, nous avons les licences dans les pays expéditeurs, il est plus facile pour nous de nouer des partenariats avec des sociétés déjà bien implantées dans les pays destinataires. D’autant qu’ils partagent nos offres à l’ensemble de leur clientèle.

Ne risquent-ils pas, à terme, de développer eux-mêmes ce type de prestation. Certains le font déjà …

Orange est le seul à le faire parce qu’ils sont présents à la fois au nord et au sud. Nos partenaires, en revanche, ne sont présents qu’en Afrique. Il est donc plus intéressant, pour eux comme pour nous, de travailler ensemble. Nous avons l’expertise. Par ailleurs, il s’agit essentiellement de gros volume sur de petites opérations, donc les marges sont très faibles.

Vous parlez d’expertise. Je suppose que vous suivez de près l’évolution des nouvelles technologies dans votre secteur pour vous adapter, voire anticiper. Les choses évoluent très vite…

L’innovation est au cœur de notre modèle. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers, il faut continuellement avoir l’œil sur les nouveautés dans le domaine, afin de proposer de nouveaux produits et de nouveaux partenaires qui nous aideront à faciliter encore plus le service et réduire les coûts.

C’est la raison pour laquelle vous avez démarré au Kenya, un pays particulièrement développé en matière de Tics ?

Le Kenya est en effet l’un des premiers pays. Mais c’est surtout en Afrique de l’Est que nous avons démarré. Une région qui nous a permis de nous étendre très vite d’un pays à l’autre. Mais on opère également au Cameroun, en Côte d’Ivoire… avec le Maroc et Wafacash nous allons aller ensemble au Sénégal. C’est davantage le partenariat qui motive notre implantation sur un marché. Aujourd’hui, nous sommes en attente d’une licence en Afrique du Sud également pour faire de l’envoi depuis le pays vers d’autres destinations. C’est une tendance qui se développe : il y a de plus en plus de mouvements depuis l’Afrique et intra-Afrique. Des choses qui n’étaient pas possibles il y a sept ans, parce que le paiement en ligne était limité… mais aujourd’hui avec les smartphones, de moins en moins chers, c’est possible.

Le mobile money est en effet en plein essor en Afrique qui sert même à ce titre de terrain d’expérimentation. Comment voyez-vous l’évolution du secteur ?

En Europe le concept de mobile money n’est pas bien compris. Tout le monde a un compte en banque et un accès à ses comptes en ligne, donc on ne voit pas le besoin de faire appel au mobile money. Alors qu’en Afrique, où seulement 20% de la population est bancarisée, le mobile money joue un rôle essentiel. Il répond à certains besoins mais pas à tous. Généralement les sociétés de téléphonie ont des restrictions sur les sommes importantes et ne peuvent donc pas utiliser le mobile money. Le virement bancaire reste nécessaire sur les volumes importants. La preuve étant que les virements bancaires ont augmenté.

Vous ne représentez donc pas une concurrence pour la banque traditionnelle ?

Non, nous ne sommes pas là pour les concurrencer. La preuve,  on envoie des fonds aux banques. On voit même certaines d’entre elles créer elles-mêmes leur portefeuille money pour offrir des prestations complémentaires à leur clientèle. Elles ont besoin d’avancer pour ne pas perdre le marché.

Les nouvelles contraintes en termes de réglementation internationale, compte tenu de la menace terroriste et de la traque des fonds illicites, ne freinent-elles pas votre marge de progression ?

La réglementation évolue parce que le monde évolue. La menace terroriste invite à plus de réglementation. Les demandes deviennent plus lourdes. Il nous faut nous adapter. C’est aussi une manière de nous protéger. Même si les choses n’avancent pas aussi vite qu’on le voudrait parfois. Au niveau des banques centrales d’Afrique par exemple, elles n’ont pas compris ou réalisé tout de suite le service que le portefeuille mobile représente, surtout quand on était encore sur des petits montants, elles ne s’y sont pas intéressées, mais quand au Kenya plus de 90% des transactions se sont faites via M-Pesa, ils ont commencé à regarder. En Ouganda, ils sont en train d’enregistrer toutes les cartes SIM. D’ici une date limite donnée, ceux qui ne se seront pas fait identifier perdront l’usage de la carte et les fonds qui s’y trouvent par la même occasion. Il faut savoir que les sociétés de transfert d’argent ont elles-mêmes beaucoup souffert du blanchiment d’argent. Western Union a dû payer de lourdes amendes.  Nous en revanche, nous savons qui envoie et qui reçoit, notre système assure une plus grande transparence.


Auteur : Dounia Ben Mohamed // Photos : Catherine Wines, directrice exécutive du groupe © WorldRemit

 

 

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