• Le franc CFA: avenir prometteur ou anachronique?

Le franc CFA: avenir prometteur ou anachronique?

De nombreuses voix – politiciens, journalistes, économistes ou citoyens ordinaires – remettent en question le franc CFA, figure du système monétaire dans la zone francophone d’Afrique depuis l’indépendance. Pourtant, la zone CFA – composée de 14 États africains, dont huit en Afrique de l’Ouest (UEMOA) et six en Afrique centrale (CEMAC), dont le Tchad – ne semble pas opter pour de prochaines révisions.

Pour certaines experts les « francs de l’Afrique de l’Ouest et du Centre – qui n’ont pas été adaptés et révisés aux normes internationales – sont dépassés et doivent être révisés ». C’est pourquoi d’autres analystes du continent plaident pour que le FCA soit dévalué – et ce pour encourager la croissance dans la région. D’autres vont même plus loin en disant qu’il devrait être abandonné. Pour autant, lors d’un récent sommet extraordinaire de la CEMAC dans la capitale camerounaise Yaoundé, en Décembre 2016, les Chefs d’Etats des pays de l’Afrique Centrale ont refusé de dévaluer le franc CFA.

Dévaluation : Avantages et inconvénients

Nditson Tamkiro Ndilira, économiste au ministère tchadien des finances et du budget, estime que la dévaluation est peu utile et fort risquée pour le moment, car elle augmenterait l’inflation et placerait de nouvelles exigences sur les ressources publiques, en particulier pour les pays exportateurs de pétrole de la région. Cette dévaluation devrait se faire progressivement. “Nous ne devrions pas recommencer l’erreur de 1994, nous devons d’abord diversifier nos économies, puis nous pourrons penser à la dévaluation de la monnaie”, a déclaré Ndilira.

Pour les tenants de la dévaluation, les exportations de la zone CFA seraient les premières bénéficiaires de cette révision du CFA. Mais, comme l’explique Ndilira, les importations de la zone CFA seraient affectées négativement par les produits importés d’ailleurs, ce qui augmenterait les prix, notamment pour les importateurs des produits non pétroliers dans la zone CFA.

Enfin, la coopération monétaire entre la zone franc CFA et la France est régie par certains principes essentiels – une garantie de convertibilité par la France, la détention des réserves étrangères de chaque pays par les Français, un index fixe à l’euro, et un transfert illimité – qui mécaniquement peuvent compliquer les révisions.

Se désindexer de la zone euro ?

Un fonctionnaire du ministère tchadien des finances et du budget, qui a parlé sous couvert d’anonymat, estime que « l’index du CFA à l’euro est bénéfique pour la zone CFA. » Il indique que le lien monétaire est une question budgétaire interne à la France et que la question monétaire ne concerne en rien les partenaires français de l’euro. Le Trésor français, selon lui, assume seul une responsabilité pour garantir la convertibilité des francs CFA en euros, sans aucune implication de politique monétaire pour la Banque de France. « Alors pourquoi devons-nous nous inquiéter à ce sujet maintenant? » Dit-il.

Néanmois, Nditson Ndilira se demande pourquoi chaque banque centrale de la zone CFA conserve 50% de ses réserves de change à la trésorerie française. Il considère l’index du CFA à l’euro comme une punition pour la zone CFA et indique que le CFA devrait se désindexer à terme de la zone euro : « c’est une force puissante et gênante qui retarde le développement de la zone CFA. »

Vers une monnaie unique en Afrique

De nombreuses déclarations ont été faites sur le continent pour des projets sur l’union monétaire, notamment celle de l’Union Africaine qui envisage de créer un Fonds monétaire africain au Cameroun et une banque centrale africaine au Nigéria pour ouvrir la voie à une monnaie unique dans l’ensemble du continent d’ici à 2021.

Selon Ndilira; L’Afrique n’est pas encore prête pour une monnaie unique dans tout le continent, en particulier la région CFA. Il explique que c’est impossible pour le moment, car la zone est assujettie d’abord « à des intégrations régionales sérieuses. » « Il y a quelque chose que l’on appelle « réalité » – entre les discours et les actions politiques », a ajouté Ndilira. Une autre manière de dire que les révisions monétaires ne sont pas encore une priorité pour le continent.


 

Auteur Idriss Zackaria Idriss // Photo: Nditson Tamkiro Ndilira, economist at Chad’s Ministry of Finance and Budget © Nditson Tamkiro Ndilira

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